Cary Fukunaga nous emmène en exode avec Sin Nombre
Prix spécial du jury au dernier festival de Deauville et parti triomphant de Sundance, le film mexicain Sin Nombre nous raconte l’histoire de Willy (Edgar Flores), un jeune gangster qui tue son boss et qui, traqué par le reste de la bande, s’enfuit sur un train partant pour les Etats-Unis. Là, il rencontre Sayra (Paulina Gaitan) et sa famille qui ont quitté l’Honduras pour le New Jersey… Parlant de la condition difficile des sud-américains voulant traverser la frontière américaine, Sin Nombre est un film original et bouleversant, refusant de céder à la facilité du genre dramatique.

Sayra (Paulina Gaitan) et Willy (Edgar Flores) sur le toît du train qui les emmènera peut-être jusqu'aux Etats-Unis.
En effet, le réalisateur Cary Fukunaga connaît bien son affaire et s’intéresse moins à l’exode en lui-même qu’aux causes qui l’ont provoqué pour les personnages. Ce qui lui permet de faire une description supéfiante de l’Amérique du Sud : l’un des seuls plans de l’Honduras nous montre une ville invivable, tandis que le Mexique semble un environnement animé par le chaos et la violence. C’est d’ailleurs là le point fort du film : sa description brutale et poisseuse des gangs mexicains, avec ses tatouages, ses tueries et ses rites d’initiation violents, est vraiment sans concession. Il est alors très simple de comprendre, puis de s’identifier totalement aux personnages (y compris Edgar Flores qui, sous ses airs exagérés de bag guy, se révèlera d’une justesse convaincante), des âmes meurtries qui tentent le tout pour le tout, rien que pour avoir une vie acceptable. Du moins, on le suppose car Fukunaga a aussi l’excellent parti pris de révéler le moins possible sur les Etats-Unis et sur la situation qu’ils réservent aux personnages. Ainsi, le spectateur est installé dans un imprévisible permanent qui lui fait comprendre bien vite qu’il importe moins d’appréhender l’avenir que de survivre au présent ! Il n’y a plus aucune place pour l’utopie et vous verrez, vous vous demanderez s’il y aura une note d’espoir ou pas dans cet exode.
Vous l’aurez compris, Fukunaga ne fait pas dans le sentimentalisme facile qui plombe généralement ce genre d’histoire et quand il nous met à la place de ces immigrés clandestins, il ne fait pas semblant ! Noir, angoissant, violent, sanglant, poignant : l’exode devient si crédible qu’on en sentirait presque l’arridité et l’odeur dans la salle de cinéma ! On ne saurait que conseiller à nos ministres de l’immigration, Brice Hortefeux et Eric Besson, de voir le film pour s’apercevoir un peu de la difficulté d’être immigrant… Le film est d’une noirceur telle que l’émotion qui s’en dégage devient naturelle et Fukunaga n’ajoute aucune musique lourdingue, aucun dialogue inutile, aucun pathétique souligné. Il laisse son spectateur pénétrer naturellement dans le déchirement inérant à cette histoire. Il l’éblouit également par ses très beaux décors naturels qui défilent vite sans laisser aucune perspective de liberté et d’échappatoire, mais plutôt avec l’idée qu’on ne peut jamais rester au même endroit sans oublier sa fuite. Lors du final désemparant, Sin Nombre se révèle un film éprouvant qui, comme aucun autre, a su nous plonger dans cette odyssée violente et inhumaine. Odyssée qui marque évidemment son spectateur, le coeur retourné par une telle sincérité.
![19169057.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20090916_113813[1] Willy va se rebeller contre son gang, mené par le terrifiant Lil' Mago (Tenoch Huerta).](http://www.cinematon.fr/wp-content/uploads/2009/10/191690571.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20090916_11381311-300x200.jpg)





24 octobre 2009 à 19 h 42 min
Merci Bastien d’avoir apporté ton avis sur cette oeuvre mexicaine insaisissable de Cary Fukunaga qui suit le parcours de ces deux êtres ne rêvant qu’à une seule chose : la liberté.
Merci encore pour ce point de vue sur ce chef-d’oeuvre mexicain. Si il passe dans votre ville, je vous conseille d’aller le voir.