Christian Bale et Russell Crowe attendent le train de 3h10 pour Yuma

Sorti juste avant l’été 2008, 3h10 pour Yuma de James Mangold (Walk the Line) fait partie des rares westerns modernes, le genre n’étant représenté que par une poignée de films par an. Au Far West, ayant besoin d’argent, Dan Evans (Christian Bale), fermier infirme et père de famille, accepte d’escorter le hors-la-loi Ben Wade (Russell Crowe) jusqu’au train de 3h10 pour Yuma. Mais le chemin sera semé d’embuches et ils sont bientôt traqué par l’ancienne bande de Wade…

Dan Evans (Christian Bale) et Byron McElroy (Peter Fonda) attendent les ennemis de pied ferme.

Dan Evans (Christian Bale) et Byron McElroy (Peter Fonda) attendent les ennemis de pied ferme.

Ce film est un remake d’un western de l’âge d’or (1957), produit par Paramount, réalisé par Delmer Daves et avec Glenn Ford dans le rôle du hors-la-loi Ben Wade. Et ce ne sera pas la seule référence de ce nouveau 3h10 pour Yuma ! D’abord, le film ne sort jamais vraiment des traditions les plus récurrentes du genre, par la direction artistique ou la musique (mais où est passé le Marco Beltrami des 3 Enterrements de Tommy Lee Jones ?) qui ne montrent pas la plus grande originalité. A défaut de renouveler le genre, James Mangold évoque plutôt habilement la mémoire du western hollywoodien et de ses grands maîtres. On peut ainsi reconnaître du Anthony Mann dans la première partie du film qui ressemble beaucoup à L’Homme de la Plaine ou John Ford avec le traitement des personnages et l’attaque des indiens hommage à La Prisonnière du Désert. Sam Peckinpah est celui qui semble avoir l’emprunte la plus forte, surtout dans les accès de violence du film et son final époustoufflant. Cependant, ces références ne sont pas écrasantes et 3h10 pour Yuma parvient aisément à obtenir son autonomie et ses propres qualités. Mangold se réapproprie assez bien le genre, mieux qu’un Lawrence Kasdan (Silverado, Wyatt Earp) qui manque de puissance ou un Sam Raimi (Mort ou Vif) qui préfère tourner le genre en une sympathique dérision.

Malheureusement, le film ne se risque pas extrêmement dans l’originalité et ne semblerait pas avoir finalement la véritable volonté de renouveler le genre qui ne manque pas de sentier battus. Cela pose un problème si, à chaque fois qu’on sort un western, on se contente des vieilles traditions (où sont les hors-la-loi qui vont nous dynamiter tout ça ?). Si le western n’est pas un genre tout à fait mort, il est assurément en stagnation et ne va bientôt plus pouvoir se relever si les nouveaux films sortent si rarement. Espérons qu’émergera un jour une nouvelle vague portée par de nouveaux maîtres. En attendant, il n’y a pas à faire la fine bouche devant ce 3h10 pour Yuma qui ne manque pas d’être plutôt généreux envers son public et respectueux des oeuvres qui l’ont précédé.

Russell Crowe et Christian Bale

Russell Crowe et Christian Bale

La grande qualité de James Mangold, comme l’une du maître John Ford, est son traitement des personnages. De manière inattendue, le récit démarre très vite, sans présenter réellement les personnages. Ceux-ci, montrés dans leur situation respective, répondent aux besoins du moment avant que Mangold ne développe leur histoire qu’au fur et à mesure du film, sans que le procédé ne soit trop lourd au point de gêner les péripéties. Ainsi, Mangold équilibre très bien son récit entre l’énergie de l’action et la force des passages dialogués, équilibre qui trouvera son superbe sommet à la fin.

Avant cela, les personnages secondaires tombent les uns après les autres et, face à ce danger, Evan et Wade se rapprochent  et se révèlent l’un à l’autre jusqu’au dernier acte, le meilleur du film. Ce qui nous ammène à la dernière scène à l’hôtel où, durant un temps qui semble suspendu (il est 3h05), les deux hommes se révèlent leurs plus lourds secrets, ce qui laisse place à la compréhension de l’ennemi. Chacun devient alors l’alter ego de l’autre (le dessin de Wade sur la première page de sa Bible) et ils s’unissent pour atteindre un unique but : le train de 3h10 pour Yuma.

Assurément, Mangold a donné l’un des plus beaux face à face du genre, éliminant l’adversité pour former un binôme qui pète dans un final absolument explosif. Il faut dire qu’il a bien été aidé par ses deux acteurs principaux. Comme d’habitude, Christian Bale fait dans l’émotion pure et interprète l’un des cow-boys les plus attachants qu’on ait vu, dans la droite lignée d’un James Stewart. Quant à Russell Crowe, il enfile parfaitement son costume de hors-la-loi mais, dans son rôle de bad guy finalement assez habituel, il privilégie la parole à la force et, usant d’humour noir et de citations bibliques, donne à Ben Wade la profondeur des plus grandes légendes de l’Ouest.

Ben Wade ne restera pas libre longtemps.

Ben Wade ne restera pas libre longtemps.

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2 réponses

  1. William

    Merci beaucoup Dasola !

  2. Bonsoir, je n’ai pas vu le film original donc je ne comparerai pas. Mais j’ai vu cette version que j’ai trouvé d’honnête facture avec une fin (en effet) haletante et bien amenée. Bonne soirée.

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  1. Cinematon - Christian Bale escorte le hors-la-loi Russell Crowe dans un western efficace. http://bit.ly/tNDt2

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