District 9, le brûlot du protégé de Peter Jackson
De nos jours, beaucoup de réalisateurs jouent les mécènes et produisent les premiers films de jeunes prometteurs : Pedro Almodovar avec L’Echine du Diable de Guillermo Del Toro, puis Del Toro avec L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona, Quentin Tarantino avec les Hostel d’Eli Roth, Sam Raimi avec 30 Jours de Nuit de David Slade… Peter Jackson s’y met lui aussi avec un jeune protégé sud-africain, Neill Blomkamp, qu’il avait déjà désigné pour réaliser Halo. Malheureusement, l’adaptation du jeu vidéo a crevé dans l’oeuf. Attristé, Jackson donne alors la chance à Blomkamp de réaliser son premier long-métrage dans sa ville natale de Johannesburg. Avec un budget symbolique de 30 millions de dollars, soit le budget que Robert Zemeckis avait confié à Jackson pour la réalisation de Fantômes contre Fantômes une douzaine d’années plus tôt. Le film de Blomkamp est donc District 9, film de science-fiction pamphlétaire et assez bluffant, sorti en France le 16 septembre dernier.
Le film commence par toute une série de flash info, de breaking news, de vidéos amateurs et d’interviews de membres gouvernementaux expliquant la situation de cette communauté extra-terrestres parquée au beau milieu de Johannesburg. En plus d’introduire la situation de départ de manière très efficace, cette introduction permet, à l’instar du monde apocalyptique du magnifique Les Fils de l’Homme, de donner à ce fait de science-fiction un contexte socio-politique précis et incroyablement crédible. Cette intro critique aussi au passage le monde de contre-information et de manipulation d’état qu’on peut parfois vivre aujourd’hui… Présentée de manière aussi bluffante, l’histoire du film est très aisément assimilable pour le spectateur qui comprend bien vite où le film veut en venir…
Le message du film est donc bien évidemment anti-raciste. Attention cependant à ne pas le comparer trop vite à l’appartheid, dans quel cas le film aurait vingt ans de retard ! La ville de Johannesburg, même si elle est superbement filmée avec ce gigantesque vaisseau spatial suspendu au-dessus d’elle, est avant tout symbolique, et si le film avait été filmé ailleurs, l’appartheid ne serait venu à l’esprit de personne. Le film ne dénonce pas simplement ce qu’a vécu tragiquement le peuple noir, mais dénonce toutes les marginalités du monde, toutes les populations que les différents pays rejettent. D’ailleurs, en France, on a récemment fait un remake de District 9 avec des êtres humains à Calais ! Ce que ce film pointe clairement, c’est la peur que l’homme a de ce qui ne lui ressemble pas, et le besoin qu’il pense avoir de le rejeter.
A la moitié du film cependant, Neill Blomkamp change progressivement le style du film et se met à raconter la mutation cronenbergienne en diable du héros Wikus van der Merwe (Sharlto Copley) en alien. A mesure que son organisme change, le regard de Wikus envers les aliens mute également en une compassion pour ces êtres rejetés et il va finalement les aider à quitter ce cruel district 9. Mais il le fait en foutant bien le bordel dans le bidonville et en tirant sur tout ce qui bouge ! Cette soudaine transition du récit montre bien que Blomkamp ne veut pas prendre son spectateur de haut avec un pensum science-fictionnel barbant et fait éclater à l’écran son amour pour la série B et l’action décomplexée ! Fusillade sauvage, robot géant destructeur, corps explosant comme dans John Rambo : Blomkamp prend sa revanche et expose ce qu’aurait donné son Halo si celui-ci s’était tourné. L’action ne dissimule cependant rien de l’émotion que procure cette lutte extra-terrestre, comme le prouve le très touchant plan final, citation inattendu à Wall-E !
![19119474_w434_h_q80[1] Se transformant peu à peu en alien, Wikus (Sharlto Copley) mute aussi vers la compassion pour la communauté extra-terrestre.](http://www.cinematon.fr/wp-content/uploads/2009/09/19119474_w434_h_q801-300x199.jpg)
Se transformant peu à peu en alien, Wikus (Sharlto Copley) mute aussi vers la compassion pour la communauté extra-terrestre.
Critique acerbe du racisme en tout genre et du flot d’informations si immense qu’il en devient grotesque du monde contemporain, District 9 n’oublie pas non plus de prendre les armes et de régler le problème socio-politique de sa science-fiction à coups de flingue ravageurs. Mêlant habilement réflexion et divertissement, District 9 est donc un film curieux et marquant qui nous donne les meilleurs espoirs pour la carrière de Neill Blomkamp. Comme toujours, Peter Jackson ne s’y est pas trompé…
![19155277_w434_h_q80[1] Le vaisseau extra-terrestre surplombant Johannesburg depuis une vingtaine d'années.](http://www.cinematon.fr/wp-content/uploads/2009/09/19155277_w434_h_q801-300x169.jpg)
![19155283_w434_h_q80[1] Devant signer un avis d'expultion, les "crevettes" ne sont pas les bienvenues.](http://www.cinematon.fr/wp-content/uploads/2009/09/19155283_w434_h_q801-300x169.jpg)

