Et soudain, tout le monde me manque, critique
Et, si soudain tout le monde me manquait ? Que ferez-je ? Je le saurai parfaitement et serai (certainement) en train d’écouter mon cœur avant qu’il se déchire totalement. Je communiquerai à mes proches tout mon amour. Et, si les instants d’aujourd’hui ne rattrapait pas ceux du passé ? Et, si nous avions quelque chose à nous dire ?
Et, si le temps pouvait encore le permettre ? Il ne serait pas trop tard. Pourtant rien ne se passe dans cette comédie dramatique portée par une famille (pas très) convaincante et enthousiasme autour d’un Michel Blanc et sa fragilité déconcertante. Bah, franchement, à presque 60 ans, ce n’est pas trop lui demandé mais sa folie et ses côtés que nous lui connaissons bien (dragueur maladroit, hypocondriaque râleur) lui permettront d’exploser tous les faux-semblants de sa (petite) famille qui ne se connaît presque peu (ou pas). Étrange ! D’ailleurs, l’unique intérêt de ce film est de délivrer un message subtil, là où le cinéma peut nous faire transmettre des fortes émotions sur l’histoire d’une famille, dont l’essentiel n’existe que par des mots. Ce fut le cas hier soir avec le second long-métrage de Jennifer Devoldere (Jusqu’à toi) : « Et soudain, tout le monde me manque » actuellement en salle.
Le film commence comme un long souvenir, émerveillé par de jolies cartes postales et une belle musique entraînante mais nostalgique soit-elle, où Justine
(Mélanie Laurent) est une femme esseulée, paumée dont le comportement est le résultat d’un manque affectif de son père Eli (Michel Blanc). D’ailleurs, sa vie est laissée à l’abandon, elle accumule les relations sentimentales sans savoir que son père lui cache sur ces dernières. Et, lorsque sa demi-soeur (Florence Loiret-Caille) l’héberge dans son bel appartement, les soucis arrivent et les situations démesurées ne vont pas manquer de cocasserie et de rythme où de petites choses insolites et amusantes vont germer dans la tête de Justine sans oublier la relation qu’elle entreprend avec sa copine tantôt vulgaire tantôt insolante, Cécilia (Géraldine Nakache). Le désordre s’installe, reflétant ainsi le manque de lucidité et de maturité de son rôle, que seul son père (Michel Blanc) qui n’a jamais réussi à trouver les mots, va atténuer par son angoisse, sa folie douce et son absence de mot pendant son éducation.
Doit-il sa force et son courage à sa femme, Suzanne (Claude Perron) ou leur futur bébé ? Souhaite-t’il rattraper le temps perdu ou le manque d’affection qu’il a insufflé à Justine, cette deuxième fille qu’il a tant oublié au profit de sa passion pour le golf ? Une chose est sûre, les instants vont être durs, où plus rien ne sera pareil. A aucun moment, la vérité ne sera jamais facile à avouer, mais
lorsque cette famille s’apprêtera à imploser, Justine et Elo, chacun de leur côté et à l’insu de l’autre, vont tenter de se découvrir, de se comprendre et peut-être de se trouver.
Quelque chose d’autres va inspirer le film. Un café (italien), un regard, l’amour est-il là ? Justine y rencontre Sami (Guillaume Gouix), un garçon différent de ceux que son père a tenté de s’accaparer. Drôle de façon pour connaître sa fille ! Une rencontre fortuite qui, au détour d’une paire de chaussure, va se révéler comme une étape importante dans la vie de Justine. Elle y découvre les secrets enfouis dans la tête d’un père qu’elle croyait connaître. Un papa dur mais souffrant qui voulait préserver sa fille sans se rendre compte qu’il l’étouffait. Attendrissant !
A eux deux, l’un dans l’autre, Justine et Sami se déchirent malgré tout pour mieux se retrouver alors qu’elle manque parfois de tact avec son père Eli dans ses confrontations marquées par des non-dits. Ils ne se disent rien mais lorsqu’ils essaient de le faire, il est déjà trop tard. Elle devine toute l’affection de son père à son égard grâce à des cartes postales.
Son amour était bien présent mais il n’a jamais pu trouver les bons mots pour le lui dire. Pourquoi maintenant ? Pourquoi n’avoir rien dit ? La peur de ne pas être à la hauteur d’un père normal, de ne pas rendre son enfant heureux ?
Cette impression s’est tout de suite ressentie avec Justine et Suzanne contrairement à Florence qui semble ne pas surmontée les mêmes difficultés, Pour y exprimer ce tel désarroi, Eli n’arrive pas à trouver sa place dans les yeux de ces deux dernières lorsqu’il aborde avec facilité la notion d’avortement ou d’adoption entre eux. Ce moment est particulièrement « malsain » jusqu’au jour où il comprend qu’il se sent menacé et nécessite l’aide bienveillante de ses proches. Là, c’est un autre homme qui reprend goût à la vie, sa passion pour le jazz renaît et nous envoûte par sa candeur et douceur.
Justine comprend donc qu’elle possédait un père qui n’a jamais trouvé les mots par crainte de n’être pas apprécié. Comme le dit Atom (Manu Payet), les enfants doivent faire le pas et le film de Jennifer Devoldere joue la carte l’émotion, évoquant des problèmes de communication dans une famille qui aurait pu être la nôtre. Ceux-ci sont racontés avec un juste milieu sans niaiserie, y laissant une note contemplative nous indiquant qu’il n’est jamais trop tard de parler à ses proches, ces êtres chers que nous aimions plus que tout. Enfin, cette comédie dramatique sans prétention, est portée par un casting qui malheureusement ne rentre pas suffisamment dans leur rôle, seuls Michel Blanc et Mélanie Laurent remportent véritablement la mise en ajoutant la profondeur de leur interprétation à cette douce folie qu’insuffle cette famille ordinaire.


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