Le Président, critique

Yves Jeuland réalise un film mi-documentaire mi-politique dont l’intérêt est de suivre la dernière campagne d’un sacré personnage de la politique peu avant son décès (24 octobre 2010). Il s’appelle Georges Frêche et incarne le Président dans cette comédie humaine, violente et jubilatoire, drôle et impitoyable sortie le 15 décembre dernier. Cette fois-ci, Cinematon étoffe son éthique culturelle en ayant découvert le film dimanche soir dans son petit cinéma d’art et d’essai. Je suis donc rentré en plein coeur d’une campagne électorale autour d’un bon vivant qui n’avait pas sa langue dans sa poche… face  à ses collaborateurs.
Faisant suite à sa rencontre avec ce Président lors de son documentaire, « Un village en campagne » en 2008, le réalisateur dresse le portrait ébouriffant de la vie politique d’un acteur, socialiste à temps plein, bien ancré dans le système politique, et où le Parti socialiste ne l’aime pas.

D’abord, le film prend son point de départ sur la voiture de fonction de Georges Frêche. Ok, le cadre est planté, Yves Jeuland nous invite d’emblée à le suivre sans aucune hâblerie. Il y pose sa caméra et l’observe dans sa vie quotidienne. Nous l’apercevons lire le journal, prendre le café en pyjama et manger tout et n’importe quoi (je fais un clin d’œil à une chose insolite colorée de jaune). What else ? Nous sommes également loin d’imaginer l’envers du décors et le relationnel pour animer et encadrer une telle mission politique. Le budget est énorme, le « timing » y est serré. Les défauts de ce Président sont arborés sans niaiserie à travers sa sincérité et ténacité dans ce (un) monde politique décadent où tous les coups sont permis. Il n’a jamais baissé les bras en quarante ans de carrière politique. Il affiche une fierté déconcertante et ses traditions familiales le poussent à croire qu’il est l’un des derniers hommes politiques à vouloir insuffler des bonnes valeurs. Derrière ses statuettes de Lénine, Staline, Mao, Roosevelt, Georges Frêche balance quelques phrases plus ou moins virulentes, congrues ou pragmatiques, sans jamais se préoccuper des autres qui l’accompagnent.

Nous assistons ici à un portrait fidèle et sincère d’un homme plus vrai que nature. Son comportement est tel, franc, direct. Il est une personne pince-sans-rire, son humour y est ravageur lorsqu’il insulte Montebourg par une saynète corrosive où ce dernier étant bien naïf et opportuniste pour se mesurer à son personnage. Il n’hésite pas à remettre en place l’animateur Marc-Olivier Fogiel lors d’un entretien téléphonique. Puis, quelque fois sur des plateaux télévisuels, il peut choquer par des propos engagés mais ne se démonte jamais. Il préfère les assumer en allant au bout de ses convictions, quitte à se prendre à son tour des réflexions désagréables. George Frêche n’est ni un coupable ni une victimeYves Jeuland le filme avec une approche et un point de vue réaliste sans jamais le dénoter péjorativement. Au contraire, hormis les coulisses d’une campagne électorale, nous le découvrons, il est un personnage humain et digne qui, lors d’une scène publique, se dévoile et nous fait comprendre toute la nécessité d’un homme politique à être dur sans quoi son existence n’aurait pas de sens. Il rétorque : « Moi, je tue (…), et après, je pleure ».

En bref, Yves Jeuland brosse le portrait authentique de George Frêche, un personnage sensiblement humain, digne et respectable à travers le milieu de la politique qu’il ne cesse d’ironiser, en particulier Martine Aubry comparée aux bandes-dessinées. Telle est la vie d’un homme, passionnant, passionné par son travail et ses engagements…

La bande-annonce se trouve sur le sujet principal du film.

NDR : Je tiens à remercier Thomas, notre partenaire iVox de m’avoir fait découvrir ce film-documentaire intéressant sur la vie d’un homme politique et l’envers du décor d’un système où relationnel, caméras, collaborateurs, publicitaires, photographes, journalistes existent pour animer une telle campagne.

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