Habemus Papam, critique

Habemus Papam, où comment un homme remet en cause les valeurs primitives de l’Église catholique avec une grande dignité et humilité.
Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur. Des votes se déroulent dans la chapelle Sixtine, des caméras de télévision, des journalistes sont présents pour relayer l’information au monde entier et une horde de fidèles sont assis sur le parvis de la place Saint-Pierre. La fumée noire se dresse puis la fumée blanche l’estompe vite pour s’élever de la chapelle. Le cardinal Melville (Michel Piccoli) est alors élu pape et devient Celestin VI. De nombreux fidèles attendent l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Dépressif, ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité. Il entreprend une psychanalyse avec le professeur Brezzi (Nanni Moretti) pour le convaincre d’épouser la fonction papale. Dès lors, il se trouve alors soumis à des angoisses, une crise existentielle et décide de fuguer les rues de Rome, l’esprit errant, confronté à des situations, des rencontres qui l’interpellent sur des questions fondamentales que tout un chacun se pose. Comment pourra t’il prendre sa décision où l’avenir de l’Église catholique est en jeu ?

Après cinq ans d’absence comme réalisateur, Nanni Moretti dépeint à travers – son – pape une psychanalyse sur un monde décadent, en plein désarroi, dans lequel les remèdes paraissent impuissants : ni la psychanalyse, ni la foi, ni la religion, ni les êtres humains providentiels ne semblent être à la hauteur pour lutter contre les maux de la société contemporaine. A travers ce drame, le réalisateur italien confronte les points de vue du psychanalyste, des différents cardinaux et de la crise existentielle d’un homme devenu le souverain pontife à la suite d’une élection. L’histoire est une (profonde) réflexion mentale, un combat de l’âme contre l’inconscient freudien, le réalisateur illustre une remise en cause des valeurs fondamentales de l’Église catholique, des capacités de l’homme à travers la religion et la foi, le doute et la solitude, le devoir et la responsabilité, la liberté et le plaisir, la conscience et la lucidité, des choses de la vie… C’est pourquoi Moretti a édifié son film sur la performance de Michel Piccoli pour incarner à la perfection un pape authentique (le vrai pape des acteurs, s’il en existe un) et dépasser la psychanalyse d’une longue quête existentielle.

En suivant les pas de Michel Picolli (sous les traits du cardinal Melville) dans les rues de la capitale italienne, on ne peut qu’observer la grâce, le charisme et le naturel de l’acteur français comme des signes révélateurs d’une vie nouvelle, insufflant de nombreuses inquiétudes du Vatican.

L’acteur, à plus de 86 ans, rayonne de vitalité lorsqu’il est relayé au second plan. Il ne cesse de le réclamer, il ne veut pas être le premier lors d’une scène de répétition au théâtre. Une carrière d’acteur inaboutie, il ne sait pas comment il pourrait devenir le souverain pontife en guise de cadeau du ciel. Endosser une telle responsabilité, appartenir corps et âme au Vatican, sont des éléments suscitant une réflexion pour mieux cerner sa personnalité. Sa croyance, sa foi restent néanmoins très profondes !

De retour derrière la caméra, Nanni Morreti réalise Habemus Papam remettant en cause les valeurs de l’Église catholique et les procédures du Vatican avec l’appui d’une vraie (et longue) réflexion emmenée par un Michel Piccoli inégalable et touchant. Il incarne à la perfection le rôle d’un cardinal récemment élu pape par le Conclave, à son corps défendant, au cri de panique qu’il pousse dès cette révélation ! Il nous surprend par sa démarche, transcendant ainsi le film dans son intégralité avec lucidité, sobriété et humanité.

Distributeur : Le Pacte.

1 réponse

  1. Nanni Moretti avait un sujet passionnant, il en a fait un film plutôt longuet. Certes c’est gentil (trop gentil même pour créer la polémique) mais c’est loin d’être incisif. Le réalisateur italien choisit la dérision et enferme ses personnages dans des comportements infantiles. Jusqu’à une dernière scène très réussie.

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