Incendies, critique
Comment commencer le week-end avec une telle oeuvre aussi indigeste que celle-là ? Et, pourquoi, suis-je allée la voir ? Une amie m’a fait alors découvrir ce style de film pour étoffer un peu plus ma culture cinématographique. Le message dégagé par son réalisateur, Denis Villeneuve, était bien plus fort que l’on puisse l’imaginer dans son film avec un titre aussi évocateur résultant une véritable incendie. Pourquoi imposait un tel titre ? Le terme évoque, selon Wikipédia, un feu violent et destructeur pour les activités humaines ou la nature.
Oui, c’est bien de cela dont il est question car Incendies se veut comme un film magnifique, dur, intransigeant qui dresse le portrait déterminant et déterminé d’une jeune femme à la recherche d’une identité où les tréfonds de ses origines dégagent un secret familial inavoué. Cherchant à donner un sens véritable à sa vie, elle décide, à la suite d’un rendez-vous chez le notaire, de repartir dans son pays natal pour entrer au plus profond de ses cauchemars, de ses abysses, explorer ce qu’il y a de pire en elle. Dans ce terreau de peurs se cache la matrice des monstres enfouis en chacun de nous et son courage devient omniprésent pour affronter un passé douloureux et inaccessible dans un pays où les lois, la liberté de la femme, presse, médias, sont totalement bafoués. Comme disait Maxime Chatam, « Un Léviathan d’ombres, un golem de violence ». Jeanne Marwan voulait déterrer la fange, elle va rencontrer le Mal.
A travers cette éthique, le réalisateur Denis Villeneuve impose à son petit chef-d’oeuvre un rythme intenable, une angoisse permanente et constante et une musique suffocante dans les démarches et regard de cette jeune femme. Tout d’abord, le début du film s’annonce marquant, de personnages sont montrés du haut de leur coiffure et du bas de leur pied sans aucune esbroufe. Ils sont pointés du doigt dans leur plus grande intimité. Les plans y sont très serrés, viennent traduire un sentiment de malaise et montrent l’effroi d’une population gangrenée par un système dépravé où la liberté ne veut plus rien dire. La presse, les médias sont contrôlés, les écoles, instituts, orphelinats s’enflamment à tour de bras sans que personne n’y puisse grand chose. Le résultat d’une guerre dans un pays totalitaire raconté avec autant de justesse.
Puis, un autre élément vient renforcer la détermination de cette jeune femme institutrice, troublée, meurtrie, est celle du pied d’un môme, et dont l’apparition rappelle un évènement traumatisant qui l’a défaite : la naissance d’un fils. Elle n’est pas au bout de ses surprises en revenant sur sa terre natale, là où tout a commencé.
Elle le sait, sa quête d’identité est interminable… même lorsqu’elle croit retrouver son enfant lors d’une séance de piscine. Là, elle est totalement atterrée, son visage s’en ressent par une énorme tristesse comme si elle voulait se pardonner elle-même. Et pourtant, le pire ne l’importe pas (plus), elle doit connaitre la vérité malgré la peur des gens ne voulant pas ressasser un passé qui les a réduit à peu de choses. Alors, pourquoi s’inflige-t’elle un tel retour en arrière ?
Les motivations, le courage et cette force intérieure qu’elle détient à vouloir connaitre des origines familiales si bien enfouies, notamment cette mère, une femme mystérieuse et un père qu’elle découvre une vie faite de haine et violence, sont présents.
Son frère jumeaux l’en dissuade, leur vie semblait heureuse jusqu’à ce qu’il se décide d’accompagner sa soeur afin de déterrer des secrets gardés par des individus bien plus redoutables qu’ils se l’imaginent. Le comble, rien à y faire, ils doivent tout savoir car l’analogie de leur quête peut être faite avec les mathématiques, une science qui ne peut être exacte sans un esprit sain. Une façon d’avancer !
Chaque instant du film est dur à suivre où chacun tente de garder le secret d’une guerre qui a tant fait de dégât humain et matériel. Il faut tout reconstruire, la vie d’une population est détruite. Comment faire un monde meilleur ?
La réponse se situe dans le regard de cette jeune femme qui n’hésite pas à tenter de sauver une enfant. Son personnage est brave, sincèrement bon dans un récit horrifique qui montre l’atrocité d’une guerre. Le contraste est intéressant, et très vite, on comprend un autre message subliminal porté par la sage-femme malade et hospitalisé à l’hôpital. Denis Villeneuve aborde un point de vue très décisif lorsqu’il donne la main à cette troisième personne. Elle y délivre un formidable témoignage où ces deux êtres, Jeanne Marwan (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon Marwan (Maxim Gaudette) n’en sortiront pas indemne. La vérité est bouleversante lorsqu’on comprend la terrible douleur endossée par leur maman qui a vécue l’enfer dans une geôle vétuste et insalubre. Le film devient de plus en plus difficile à digérer, plusieurs scènes le démontrent entre « cette femme qui chante » contrainte à porter un enfant qui ne lui appartient pas et cet accouchement qui se déroule dans des conditions effroyables. D’ailleurs, en somme, pour tenter de comprendre, l’addition « 1 + 1 » ne fait pas deux… Là, le courage d’un spectateur et celui des deux protagonistes, y sont inévitables pour suivre une situation particulièrement indigeste. Le film d’une vie déchue et le résultat de l’équation est nécessaire pour mieux avancer dans la tête de ces jeunes gens, à l’image de cette matière scolaire.
En quelques mots, Denis Villeneuve impose donc une vision très complexe, délicate et particulière que seules la détermination et le courage d’une jeune femme viennent adoucir la note bouleversante d’un film particulièrement juste. A cela, le film devient magnifique par une interprétation inégalée de cette Jeanne Marwan qui cherche littéralement un sens à sa vie et son frère Simon qui l’accompagne jusqu’au bout des aventures pour affronter un passé escamoté par un pays qui interdit tout. Un portrait douloureux magnifié par le courage dans une histoire sensiblement profonde !

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