Kim Chapiron récidive avec Dog Pound, une plongée dans un centre de détention pour mineurs

Quelques années après le choc de l’estomaquant Sheitan, le français Kim Chapiron est de retour avec un film anglophone tourné au Canada, Dog Pound (la fourrière). Le film suit le parcours de trois jeunes délinquants à leur entrée dans un centre de détention pour mineurs. Parviendront-ils à résister à l’autorité des gardiens et à la pression des autres détenus ?

Butch (Adam Butcher, au centre) se sent comme un poisson dans l'eau au milieu des autres taulards...

D’emblée, on sent que Kim Chapiron a parfaitement conscience qu’il n’est pas le premier à donner dans le film carcéral, genre qui a encore récemment connu le meilleur (la série Oz, Un Prophète) comme le pire (les dernières saisons de Prison Break). Du coup, il se donne comme objectif de contourner le plus possible les codes les plus tenaces du genre, par exemple en choisissant des personnages blancs pour la plupart pour éviter les banales guerres de gangs et oppositions ethniques. Le principal changement est aussi à la base du film : plonger dans une prison pour mineurs. Cela l’empêche de s’abandonner à l’ultra-violence et à la noirceur excessives en rappelant souvent, par le paternalisme des matons, une partie de balle aux prisonniers ou une histoire salace partagée dans le dortoir, qu’il ne s’agit que d’adolescents qui ont encore une part d’insoucience. Qui a dit que le crime était dans les gênes ?

Le caïd de la prison, Banks (Taylor Poulin) fout la pression au nouveau venu.

Le plus gros parti-pris de Dog Pound, qui risquerait d’en laisser certains sur le carreau, est d’adapter sa narration au rythme carcéral. Un Prophète ou la première saison de Prison Break racontaient les plans méticuleux de ses protagonistes pour s’en sortir. Trop vulnérables et impulsifs pour résister, les détenus de Dog Pound ne se fixent pas ce genre d’objectifs et, résignés, subissent leur existence carcérale sans essayer d’y échapper. Ce qui fait que dans le film de Kim Chapiron, les jours se suivent et se ressemblent, avec chacun ses événements imprévisibles. Les actes ne se placent jamais dans une relation de cause à effet ; ils se produisent de manière impulsive et inattendue (le moment d’échange en classe qui tourne mal, l’émeute soudaine), sans que rien ne les ait provoqués, et ils restent sans suite. C’est pourquoi la violence de Dog Pound est impressionnante, non pas parce qu’elle est exacerbée, mais parce qu’elle ne s’explique pas, parce qu’elle n’est provoquée par rien d’autre que par le mal-être de ces adolescents brutaux mais fragiles.

Durant un moment de répit, Butch et Angel (Mateo Morales) se chambrent gentiment.

Pour rendre ses personnages fragiles justement, Kim Chapiron veut rendre la caméra presque invisible, plutôt que de lui donner autant de pouvoir que dans Sheitan. Il filme ses acteurs au plus près, sans non plus verser dans le sentimentalisme. Même si ses intentions dans le film ne sont pas très claires, même s’il manque une véritable vision de sa part (politique ou sociale), on ressent au moins tout l’attachement que Chapiron porte à ses jeunes personnages. Et ses acteurs le lui rendent bien. On pourra remarquer Lawrence Bayne dans le rôle du maton tendre mais à cran, le jeune Mateo Morales qui a déjà assez de maturité pour s’imposer aisément dans l’un des rôles principaux, Taylor Poulin qui campe un bad guy particulièrement détestable, ou encore Shane Kippel dont la fragilité qu’il essaie de cacher touche beaucoup. Mais il y a surtout Adam Butcher dans le rôle de Butch, habité par une rage entrecoupée de très brefs instants de tendresse. Recruté au dernier moment, stoppant le tournage pour trois mois quand il fut véritablement incarcéré dans une prison pour mineurs après avoir tabassé un mec (!), il semblait parfait pour incarner l’ambiguïté dérangeante du détenu de moins de 20 ans…

Bande-annonce : http://www.cinematon.fr/dog-pound-dans-la-lignee-du-prophete-de-jacques-audiard-sortie-le-23-juin/

Aucune réponse

Trackbacks/Pingbacks

  1. Cinematon - Kim Chapiron récidive avec Dog Pound, une plongée dans un centre de détention pour mineurs (http://bit.ly/9O72x4) !

Lâche ta prose

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

  • RSS
  • Newsletter
  • Facebook
  • Google+
  • Twitter