La Solitude des nombres premiers, critique
Et, si l’intelligence créait une sensibilité exacerbée ? Et, si elle pouvait fragiliser et parfois souffrir ? Mais c’est également une différence pour susciter un sentiment de décalage, une impression de ne jamais être vraiment à sa place ! Tout part de cette éthique et du titre du film si nous voulons bien comprendre le film et
ses deux personnages calfeutrés dans une existence réduite aux nombres premiers. Or, ceux-ci se divisent par un et par eux-même dont la résultante finale les amène à développer une faculté intellectuelle où la responsabilité et la réussite les rapprochent de la solitude et la souffrance par rapport aux autres individus de même âge qui les entourent. « La Solitude des nombres premiers » est un film purement psychologique mais particulier où deux êtres souffrent de leur différence.
D’emblée, le film nous présente les deux protagonistes éduqués par une éducation sévère, stricte et rigide. Pourquoi insuffler une telle dureté à ces jeunes enfants qui n’ont qu’une dizaine d’années ? Pourquoi leur inculquer le sens des responsabilités dès leur plus jeune âge ? Probablement parce que les parents souhaitaient faire répéter un schéma ancré dans des originales familiales ancestrales où réussite et rigidité étaient l’essentiel d’une bonne « formation ». Dès lors, les scènes évoquent bien la différence de ces deux personnages, insufflant à ces deux êtres une faculté, une sensibilité et un décalage extrême que seule la solitude vient agrémenter leur souffrance.
L’un avait la responsabilité de sa sœur jumelle et sa mère n’hésitait pas à lui faire des leçons de morale pour ne s’être correctement occupé de celle-ci. Comment insuffler une telle rigidité à cet enfant ? Pourquoi ne pas le laisser vivre comme les autres jeunes de son âge ? Et, non, ses parents lui avaient confiés sa sœur qui, à la suite d’une fête d’anniversaire, le malheur arriva. Elle ne s’y trouva plus ! Son personnage est meurtri, atterré, souffrant terriblement au point de ne jamais se pardonner à soi-même. Il est tourmenté de ne pas avoir été à la hauteur de ses responsabilités que ses parents lui avaient (si bien) inculquées.
Ainsi, ces derniers l’ont contraint à développer des capacités intellectuelles pour devenir le meilleur et se surpasser quelque soit la difficulté, ses études allemandes et la pression subie lors de son enfance y traduisant bien le profond malaise de cet homme isolé dans sa solitude et dans ses peurs de se projeter une vie « normale ». Sa vie est réduite, les responsabilités, cette difficulté d’aimer ne font que produire un personnage perturbé, dont le résultat est déconcertant. Des traces de mutilation se remarquent sur son corps pour mieux exprimer sa solitude vis-à-vis des autres.
L’autre souffre autant que le premier par ses responsabilités initiées de ses parents dès son plus jeune âge.
Elle aspirait à une vie meilleure aussi émerveillée que celle de ses camarades de classe. Et, non, tout le contraire, il fallait qu’elle soit la meilleure (« tu ne vas pas te dégonfler, rétorqua son père lors d’un séjour de sport d’hiver »), apprennent à se devancer pour une vie stricte, rigoureuse, parfaite, dépourvue d’amour. Mais, c’est par la scène de la douche, une expérience humiliante et traumatisante qu’elle prend conscience de sa différence et de son handicap physique. Aussi, elle n’assume pas son corps et perçoit toute aide bienveillante comme une agression mentale et physique où lorsqu’elle aborde un jeune homme, le dialogue est plat, désuet, sans saveur. Il ne se passe presque rien. Elle souffre de sa différence
la rendant introvertie, renforçant bien le caractère esseulé de son personnage et s’empêchant d’avancer avec son coeur, ses envies et ambitions…
A eux deux, l’un dans l’autre, ces deux personnages possèdent d’énormes acuités et facultés intéressantes qu’ils pourraient en faire leur force et motivation. Et, c’est par cette facette que le récit de Saverio Costanzo se veut comme une œuvre intransigeante mais intelligente. Elle oscille avec sensibilité, décalage et souffrance pour mieux percevoir leurs peurs à travers une musique aussi percutante qu’un carillon, orchestrée par cette tension pesante et cette angoisse de ces êtres qui souffrent de leur responsabilité et solitude.
Un film purement psychologique - vu dans le cadre du cycle et d’une avant-première italiens - très particulier, y laissant le goût de la réflexion (hautement) intellectuelle que seul le choix d’un titre aussi inéluctable, n’est loin d’être anodin. A lui seul, il symbolise la solitude et la souffrance de ces deux personnages qui remettent en cause les principes fondamentaux du sens des responsabilités et de l’éducation familiale entre individus issus d’une même société. Pour ainsi dire, ils se sont forgés une différence de part leur hypersensibilité qui les a détachée vers une fragilité. Ainsi, ils s’empêchent d’avancer car ils ont peur d’avoir peur : responsabilité, difficulté d’aimer… Une analyse comportementale est faite dans cette œuvre italienne qui m’a parlée et m’a donnée envie de la continuer par une lecture « Ces gens qui ont peur d’avoir peur : Mieux comprendre l’hypersensibilité » d’Aron Elaine-N, Constant Marie-Luce.
La psycho peut faire réfléchir… Un film particulier, mais beau !
3 réponses
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Lâche ta prose

Je n’y manquerai pas et je serai ravie de participer au site
N’hésite pas non plus à passer sur mon blog: http://jul.over-blog.com
Merci beaucoup Jul de ton commentaire très intéressant. Les avis divergent, mais je me suis aussi reconnu dans ces deux personnages pour ne m’avoir jamais réussi à m’intégrer au lycée.
Je lirai dans le détail demain ta critique. N’hésite pas à venir sur le blog et y participer.
A bientôt
William
Bonjour William,
Je trouve ton analyse très intéressante et l’aspect psychologique du film m’avait totalement échappé. Il faut dire que je n’ai pas lu le livre de Saverio Costanzo. Cela dit, je ne suis pas d’accord sur l’idée de la réussite imposée par les parents. Le garçon abandonne sa soeur car il est jaloux d’elle: elle est handicapée, c’est évident que les parents mettent toute leur attention sur elle, aux dépens de leur fils, qui étant l’aîné a lui aussi la charge de sa soeur. Et donc par jalousie, et par incompréhension envers les problèmes de sa soeur, il la laisse seule, mais c’est juste pour un moment.
Quant à la fille, elle est fille unique, ses parents mettent donc toute leur fierté en elle. On a tous eu un jour de découragement quand on était enfants, au ski ou ailleurs, et nos parents qui insistent. La petite fille n’a donc pas le choix, il faut bien qu’elle suive son père pour ne pas le décevoir. Pour la scène de la douche, je pense que c’est son handicap physique qui entraîne le geste de ses camarades, et non l’inverse.
Personnellement, je me reconnais dans les deux personnages: je suis l’aînée chez moi, je sais donc ce que c’est d’être chargée des plus petits et de tout se prendre à leur place. D’autre part, pour avoir moi aussi un léger handicap et n’avoir jamais réussi à m’intégrer au collège, je suis plus ou moins passée par ce qui arrive au personnage de l’adolescente.
Enfin, je ne vais pas m’étendre, tu peux en savoir plus avec ma critique: http://www.toutlecine.com/film/avis-toutlecine/0039/00399618-la-solitude-des-nombres-premiers.html
A bientôt
Jul