Los Herederos, une poésie cinématographique d’Eugenio Polgovsky
Je vous invite à découvrir ce nouveau film-documentaire, Los Herederos qui sort au printemps 2011. La caméra d’Eugenio Polgovsky retrace le parcours de ces enfants, issus de la population agricole. Dès leurs plus jeunes âges, ils aident leurs parents à survivre dans ce milieu précaire en héritant ainsi des conditions de leurs ancêtres. Ils se retrouvent dans le cycle de la pauvreté affrontant avec courage et innocence le combat d’un quotidien difficile.
Los Herederos (« Les Héritiers en français ») a déjà été distribué en Allemagne, Italie, Suisse et au Mexique. Dans son pays d’origine, ce documentaire mexicain a reçu un accueil très remarqué puisqu’il a rassemblé plus de 30 000 spectateurs. Il a notamment été repéré dans de nombreux festivals internationaux comme La Mostra de Venise, la Berlinale, le Festival International de Rotterdam, le Festival International du Film Documentaire d’Amsterdam ainsi que Vision du Réel de Nyon.
Site Web : http://www.losherederos-lefilm.com/
Synopsis - En bas âge, les enfants commencent déjà à travailler dans les campagnes mexicaines. Los Herederos est un portrait de leur vie et de leur combat pour la survie. Ces enfants travaillent sur des fermes, sculptent et peignent des alebrijes, sont bergers, fabriquent des briques, tissent des vêtements, prennent soin de leurs jeunes frères et soeurs, vont puiser l’eau, cultivent les tomates, les piments, le maïs et travaillent à plusieurs autres activités.
Ils ont hérité des outils et des techniques de leurs ancêtres mais ont aussi hérité de leurs dures conditions de vie. Les générations défilent et les enfants travailleurs demeurent, héritiers captifs d’un cycle de pauvreté.
LOS HEREDEROS de Eugenio Polgovsky
(Mexique, 2008)
Los Herederos est un documentaire atypique et très remarqué en festival. Il y a de la grâce dans le regard posé par le film sur ces enfants et une remarquable habileté à les suivre, courant sur un sentier sinueux de montagne. Avec Los Herederos, le mexicain Eugenio Polgovsky interroge notre rapport à l’héritage : que laissons-nous à nos enfants ? Quelle éducation leur transmettons nous ? Et si l’héritage le plus commun n’était finalement pas la pauvreté ? »
Biographie du réalisateur - Eugenio Polgovsky Ezcurra est né à Mexico en 1977. Autodidacte, il reçoit le Premier Prix du concours de photo ACCU, organisé par l’UNESCO. En 2007, il est directeur de la photographie pour le film Déficit, premier long métrage de Gael García Bernal. Il poursuit actuellement sa carrière de réalisateur et de chef opérateur au sein de la CCC.
Note d’intention du réalisateur -
LOS HEREDEROS: LE TRAVAIL EN HÉRITAGE
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 126 millions d’enfants dans le monde sont astreints chaque jour à une activité pénible et dangereuse pour leur santé et leur développement. Dans son documentaire, Los herederos, le réalisateur mexicain Eugenio Polgovsky nous confronte à cette réalité sociale poignante, à mille lieues de l’insouciance du monde de l’enfance tel que nous le connaissons, où l’école, les copains et les jeux règnent en maîtres. Une confrontation tout en mouvement, mais silencieuse. Car lorsque l’on travaille aussi durement, on ne parle pas.
« Dors mon enfant, dors. Ne te réveille pas mon petit », chante une voix de femme, une voix de mère à son enfant. Et pourtant, les jeunes habitants de ce village mexicain ont peu de temps pour se reposer et rêver dans les bras de Morphée. Debout dès l’aurore, ils s’activent dans la forêt, à la maison et dans les champs, toujours en mouvement au milieu de cette nature exigeante dont ils sont, de génération en génération, à la fois récipiendaires et tristement dépendants. Couper et transporter le bois, cueillir les fruits et les légumes, ramener de l’eau. Dans ce Mexique rural, les enfants sont de petites fourmis qui portent sur leur dos encore fragiles toutes ces bouches à nourrir et la misère de leurs parents.
LE CORPS EN SOUFFRANCE
Avec force, Polgovsky fixe le regard du spectateur sur les corps frêles malmenés par le travail. Des charges trop lourdes sur les épaules d’un enfant à l’équilibre encore précaire, le feu parfois si proche du visage et des mains. Et ces doigts qui se blessent à sculpter un dragon de bois avec lequel le garçon, devenu artisan, ne jouera pas. Avec une habileté déconcertante, les petits êtres se substituent à leurs parents, et dans ces gestes d’adultes, dans ces techniques ancestrales sans cesse répétées, se lit toute la dureté d’une vie de labeur à laquelle ils n’ont pas les moyens d’échapper. Présence discrète, la caméra sonde ces visages concentrés sur les multiples tâches à accomplir. Les yeux grands ouverts, la bouche silencieuse. Dans un parallèle subtil, le réalisateur filme une poupée et un bébé couchés sur le sol, à des kilomètres l’un de l’autre. Pendant des heures peut-être, les travailleurs passent, mais ne s’en occupent pas. Et les regards qui se troublent lorsque, sur le chemin du retour, la fatigue enfin se met à couler.
A la récurrence des images zoomées sur le corps mis à rude épreuve s’ajoutent les sons, omniprésents, presque cruels. Dans cet univers sans jeu, où la parole se doit d’être efficace, la nature griffe, les enfants s’essoufflent dans la chaleur du jour et les lames aiguisées des couteaux menacent. Ces bruits, végétaux et métalliques, lient toujours davantage la réalité physique du spectateur à celle de l’enfant, jusqu’à l’obliger à ressentir. Le ronronnement d’une machine, soudain, nargue l’ouvrier. Ce garçon qui, à l’âge où l’on rêve de bottes de sept lieues, voit déjà la terre et le béton coller à ses chaussures.
LES « FRUITS » DE LA MONDIALISATION
Si de nombreux enfants travaillent au sein du cercle familial, d’autres sont contraints de s’éloigner de leur maison. Privés d’école, ils s’entassent dans des camions vétustes pour rejoindre ces champs immenses, où poussent les tristes symboles de la mondialisation. « Ce n’est pas juste », se plaint une petite fille dont le cageot de haricots est jugé trop léger. « 40 kilos pour ta maman et 41 pour toi. » Ici enc re, aucune distinction n’est faite entre les adultes et les enfants, dont le travail est nécessaire pour subvenir aux besoins de la famille. Et cette question qui reste imposée, mais qui s’impose malgré tout. A quand un salaire de subsistance qui ne prive pas les petits du Sud de leur enfance et de leur éducation ?
LE CERCLE VICIEUX DE LA PAUVRETÉ
Entre pure observation et effets de montage, Polgovsky suggère les liens profonds qui unissent les membres d’une même communauté. Dans la maison et au poulailler, l’arrière-grand-mère travaille encore, le dos courbé vers cette terre qu’elle n’a sans doute jamais quittée. Les regards se croisent, les corps se superposent. Comme si, sur le visage lisse de la fillette, se devinaient déjà les sillons de vie de la vieille femme. Et cette petite couturière qui ne peut que filer et tisser son existence au même rythme que celle de ses ancêtres. Les générations se succèdent et les enfants travaillent, encore et encore, héritiers captifs du cercle vicieux de la pauvreté.
En faisant le portrait d’une enfance niée, Eugenio Polgovsky rend hommage aux « petites gens » et montre, sans parole et sans artifice, la réalité économique et sociale de son pays. Documentaire fort et subtil, Los herederos nous confronte et nous renvoie à chaque instant aux victimes premières d’un monde qui, malgré les belles promesses des gouvernements, reste fondamentalement inégalitaire.
Géraldine Viret
(Paru dans le Bulletin TRIGON N°11)
Site Web : http://www.facebook.com/pages/Los-Herederos/129443477075367
Merci à Katell.

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