Lucas Belvaux excelle en réalisant le calvaire d’Yvan Attal dans Rapt !

Après sa trilogie mélangeant la comédie, le thriller et le mélodrame (Un couple épatant, Cavale, Après la vie) et son film noir, La raison du plus faible, Lucas Belvaux revient à la réalisation hyper soignée sur un thème difficile et complexe, dont celui-ci s’inspire fidèlement de l’affaire de l’enlèvement du Baron Edouard-Jean Empain, homme d’affaire et PDG du groupe Empain-Schneider à la fin des années 70. Il nous retrace l’histoire d’un homme à qui le pouvoir lui appartenait…

Comme toujours, Lucas Belvaux excelle et signe un chef d’oeuvre français-belge entre un cinéma engagé et un film noir qui montre les dérives (voire limites) de la haute société aux travers de la politique, des médias, de l’argent, de la notoriété et du pouvoir. Il porte ainsi une réflexion frappante sur l’image de notre société et de l’importance démesurée et intolérable qu’elle peut parfois donner.

Lucas Belvaux peaufine sa mise en scène avec Yvan Attal...

Lucas Belvaux peaufine sa mise en scène avec Yvan Attal...

C’est par cette adaptation que Lucas Belvaux nous étonne. Il innove peu mais il aime tant se renouveller dans son propre style cinématographique par des mises en scènes très soignées et des acteurs effarants (Yvan Attal dans le rôle du PDG et Anne Consigny, sa femme). Avant d’entamer l’analyse du film, je tiens à vous présenter le synopsis de l’histoire basé sur ce fait divers réel.

Homme d’industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands.

Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c’est par la dignité qu’il répond à la barbarie. Coupé du monde, ne recevant que des bribes d’informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait.

Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu’il avait réussi à garder d’intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l’enquête de police ou celle de la presse.

Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu’il imaginait…

(Source : www.cinefil.com)

Comme son dernier film, La raison du plus faible en 2006, Lucas Belvaux apporte à son film de 2H10 une réalisation sobre, soignée mais efficace. Il traite le sujet sérieusement avec une maitrise totale de son scénario et des décors. D’ailleurs, il aime travailler avec la même équipe technique que ses précédents films, notamment Frédérique Belvaux pour les décors toujours aussi réussis. L’ensemble de son film donne un aspect réaliste prenant et nerveux qui place le spectateur en premier plan dans cette adaptation cohérente.

Côté casting, je reconnais l’immense talent d’Yvan Attal, qui a perdu 20 kilos pour les besoins du rôle (il ne pesait que 53 kilos lors du tournage). Une expérience éprouvante dans laquelle il incarne le rôle de ce PDG si torturé, affaibli, orgueilleux. Son interprétation donne au film de Lucas Belvaux une toute autre dimension humaine, celle d’un homme meurtri et profond à qui la liberté sera plus dur que la captivité ! Anne Consigny n’est pas en reste, elle apporte toute sa retenue dans cette affaire d’enlèvement qui la lie à son mari. Elle frôle la performance en apportant à son personnage un sentiment émotionnel subtil.

Anne Consigny retrouve son mari Yvan Attal après 64 jours de captivité

Anne Consigny retrouve son mari Yvan Attal après 63 jours de captivité...

Il faut aussi bien le reconnaitre, la musique est quasi inexistante, ou si il y en a, elle est angoissante et donne une atmosphère assez glaciale. Que dire de plus ? Lucas Belvaux découpe sa narration en deux parties… Dans la première partie, on n’assiste impunément à l’enlèvement du Président Graff par ses ravisseurs. Les scènes sont effroyables, il est mutilé d’emblée et séquestré 63 jours dans des conditions inhumaines. Il est privé de liberté et apprend que sa vie privée, ses frasques sentimentales et dettes de jeu sont dévoilées par les médias sans aucune pudeur…

Quant à la deuxième partie, elle jouera sur les nerfs des spectateurs, les ravisseurs jouent au chat et à la souris avec les flics par le biais de noms de code, comme « Zizou » et « Monsieur Henri ». Tout est minutieusement orchestré par Lucas Belvaux dans cette histoire où l’enquête piétine au point de la faire échouer et de ne pas le faire libérer. Sa femme, son avocat, son ami et associé n’ont pas tous la même perception de l’évolution de l’enquête, chacun n’aime vraiment personne où l’amitié et la solidarité ne comptent plus. Lucas Belvaux nous livre ainsi une belle image de la haute société (toujours d’actualité) où s’entremêle enjeux médiatiques, financiers, politiques et autres coups bas…

Anne Consigny découvre les frasques de son mari... et va t'elle faire se laisser influencer par le flic ?

Anne Consigny découvre les frasques de son mari... et va t'elle faire se laisser influencer par le flic ?

Dans RaptLucas Belvaux restitue sans esbroufe le kidnapping de l’homme d’affaires en 1978, ou plutôt l’histoire d’un homme à qui on a volé sa liberté, sa vie privée et sa dignité. Il nous offre du beau cinéma engagé dans l’histoire de ce personnage joué par Yvan Attal qui s’étonne de voir la réaction amère de ses proches et amis, femme et enfants. Très déçu par leurs comportements, la finalité du film lui apportera une façon de tourner la page. Elle nous laisse, cependant, en suspens car nous aurions aimé savoir l’évolution de sa vie soit par des images ou messages lors du générique.

Lucas Belvaux (nous) prouve son talent de réalisateur engagé et son excellent travail toujours aussi précis et juste. En mon sens, c’est un bon mélodrame qu’il a su transposé à notre époque.

La bande-annonce se trouve ICI.

A lire aussi l’interview du baron Empain par le Figaro

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