Ma sélection CanalPlay : Seriez-vous prêt à adopter Victor ?

Depuis quelques temps déjà, j’ai eu l’occasion de voir à deux reprises la comédie française nommée Victor sortie dans les salles le 7 octobre dernier. Il s’agissait de ma quatrième sélection CanalPlay signée par le réalisateur du très populaire La Vérité si je mens, Thomas Gilou. Ce dernier s’est adjoint les services de la scénariste et cinéaste Lisa Azuelos pour réaliser une comédie aussi décalée qu’irrévérencieuse sur les personnes âgées.

« Une idée de départ d’autant plus insolente que le délicieux octogénaire se révèle ici un vieillard indigne et combinard, campé avec génie par l’hilarant Pierre Richard. Dans son sillage, les comédiens Lambert Wilson en coureur de jupons impénitent, Clémentine Célarié en bobo végétarienne et Antoine Duléry en père la vertu, incarnent avec bonheur une galerie de personnages hauts en couleurs. Un film pétillant et cocasse qui soulève avec modestie les sujets inhérents à la vieillesse et amorce une réflexion légère sur la relation entre les générations dans notre société contemporaine. » (Source : CanalPlay)

Pour rentrer davantage dans le détail, Alice (Sara Forestier), jeune stagiaire dans un magazine people, se prend d’affection pour son voisin de palier, Victor (Pierre Richard), charmant vieillard érudit abandonné de tous et sur le point d’être expulsé de son logement. Elle va bientôt trouver une solution à son problème : organiser un concours au sein de son journal dont le gain sera l’adoption de Victor. À l’issu du casting, c’est la famille Saillard qui gagne le droit de l’accueillir. Mais l’arrivée du sémillant octogénaire censée apporter joie et bonne humeur tourne rapidement à l’aigre.

Tout d’abord, le film de Thomas Gilou est une comédie réussie, il ne cache pas son engouement pour les situations absurdes et le retournement de situations dans lesquelles Pierre Richard s’amuse à coeur joie avec son air malin. Le temps passe très vite, je n’avais pas vu Pierre Richard depuis des années dans un rôle aussi sympathique et drôle.  Parce que je me souviens bien de ses rôles de porte-poisse qu’il tenait dans La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs, il était d’un naturel déconcertant sans (aucune) retenue.

Ensuite, Thomas Gilou a donc gardé l’essentiel d’une bonne comédie pour faire rire les gens mais sans avoir la verve d’un Francis Veber ! Parce qu’entre disputes, incompréhensions, insultes, mesquineries, tout y passe et ce n’est pas près de s’arranger pour notre Pierre Richard incarnant un grand-père pas si affaiblit que ça. Et, oui, vous vous attendez à quoi, à un vieillard inapte et mourant ? Vous n’y êtes pas du tout, vraiment pas ?
Bien au contraire, il est malin, escroc, charmeur et charmant, amoureux de la vie et joueur dont l’adoption par une famille sans histoire va provoquer une série de changements qui vont apporter à chacun de nos protagonistes une nouvelle manière de voir les choses. Pas simple, du tout, pour Clémentine Célarié et Antoine Duléry qui ne supportent plus, ou du moins l’un étouffe l’autre. Inimaginable de le penser au point où lorsqu’elle découvre que son mari et ses enfants fument des joints et boivent en cachette. Là, on appelle ça une zone de vivacité où tout va imploser (exploser) et que tout va dégénérer dans cette famille ordinaire.

Le personnage de Victor est ainsi un grand-père gentil et infect. Il ne se sent pas vieux, ne porte pas son âge, excepté pour s’amuser et abuser d’une famille banale et d’une presse people prête à toutes les courbettes pour augmenter le tirage, et n’a qu’un seul souhait, celui de continuer à vivre le plus longtemps possible au point d’y laisser sa peau.
Pierre Richard maitrise parfaitement son rôle de personnage emmerdeur, manipulateur, séducteur et attendrissant avec toute l’ambivalence nécessaire. Il est ainsi revenu à ce type de comédie sans pour autant revenir à des rôles étourdis naïfs et manipulables qu’on lui connaissait par le passé. Nous sommes très loin de penser à l’enfer qu’il va faire subir à cette modeste famille sans histoire, il va leur faire manger de la viande rouge, pourtant interdit par Clémentine Célarié, qui ne prépare sans cesse des légumes verts aux goûts amers. Si cette dernière ennuie tout le monde avec ces principes, Pierre Richard va leur réapprendre à vivre et entend bien de le faire savoir malgré les désaccords…

Le plaisir est indéniable de le suivre et de rire à ses moindres situations pouvant vite dégénérées, surtout lorsque la femme de ménage passe l’aspirateur alors qu’il regarde sa série préférée, Sous le soleil en mangeant des confiseries. Quel papy gâteux  ? C’est énorme, une bonne dose d’humour où il lui déclare la phrase suivante : « les vieux doivent se chauffer les pieds au soleil, vitamine D garantie ». Ah, cette pauvre femme de ménage qui subira bien des choses inimaginables. Ah, ce bon vieux Victor, malin comme un singe, qui aide l’un des fils de la famille à ses devoirs…

Quant au reste du casting, il est impeccable, le trio de tête, Lambert Wilson, Clémentine Célarié et Antoine Duléry fonctionne à plein régime. Nous ne sommes loin d’imaginer de voir que leur humeur vont transcender de scène en scène. Ils n’arrêtent pas de se crêper le chignon, où lorsque Clémentine Célarié, nutritionniste psycho-rigide, libère ses fantasmes et assouvit sa vengeance en “collaborant” avec Lambert Wilson, ce grossier et opportuniste personnage.

J’ai oublié le personnage d’Alice interprété par l’actrice Sara Forestier, elle est absolument adorable, un peu naïve sur les bords mais d’une gentillesse incroyable qu’elle mérite vraiment d’être heureuse et de s’épanouir dans sa vie personnelle. Elle va entretenir une relation particulière avec notre Victor qui va lui apprendre quelques techniques assez intéressantes dans ce monde décalée de journaliste people. Lorsque je l’ai vu, elle m’a fait immédiatement au personnage d’Alice dans Alice aux Pays des Merveilles, elle incarne avec candeur toute la splendeur du film parce qu’elle parle de la vieillesse comme un mélange de soif de vivre et de peur de la solitude.

Enfin, enfin, encore cette Alice, elle est si douce, agréable et la candeur de son personnage (Candide de Voltaire) apporte à sa personnalité une personne sympathique et réservée. Loin du “m’as tu vu”, elle garde une certaine distance qui n’est pas déplaisante mais en même temps elle est chaleureuse et cultivée. Elle donne un vrai sens logique à cette comédie pétillante et cocasse.

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