Martin Scorsese revisite les Rolling Stones dans Shine a Light
Choc cinématographique arrivé l’an dernier sur les écrans après avoir fait l’ouverture du festival de Berlin, Shine a Light est un concert des Stones filmé au Beacon Theater par leur plus grand admirateur : Martin Scorsese. Grands fans des Rolling Stones depuis des années, ma famille et moi nous étions rués en salle pour assister à l’événement. Et Dieu sait qu’il était de taille !
Martin Scorsese réalise son rêve de toujours : filmer les Rolling Stones, le groupe qui incarne le rock’n'roll à lui tout seul. Le gang qui a escorté toute son oeuvre. Cette rencontre cinématographique donne naissance au film musical événement : Shine a Light. De la préparation à la performance, entrecoupé d’images backstage et d’archives, 16 caméras et les plus grands chefs opérateurs internationaux captent l’énergie légendaire de Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts et Ronnie Wood lors de leurs concerts au Beacon Theatre à New York. Shine a Light : dans l’intimité d’un groupe mythique et du plus rock’n'roll des cinéastes !
(Source : Allociné)
Je me rappelle de ma mère qui, une semaine avant de le voir, demandait : “On est obligé de rester assis pendant le film ?“. Et en effet, il est très difficile de rester à sa place pendant la projection du film – à moins que ce soit un concert – pour la simple et bonne raison qu’on a rarement vu un tel spectacle au cinéma ! C’est certes un live, mais un live tel qu’on en a jamais vu ! Cela commence par un making of très drôle (“on ne peut pas se permettre de brûler Mick Jagger !“) qui nous met en condition, du noir et blanc à la couleur, des préparatifs plutôt calmes à l’avalanche des derniers détails. Même si on est bien conscient que Scorsese, en tant qu’acteur et réalisateur, force le trait de la panique ambiante et joue sur le temps et l’incommunication de la préparation, on partagerait presque le trac des techniciens. Puis un dernier zoom de making of nous fait subitement entrer dans le concert qui commence triomphalement par Jumping Jack Flash. La lumière, les couleurs et le son explosent. La caméra très mobile capte les riffs de guitare et la chorégraphie déchaînée de Mick Jagger dans des mouvements de caméra très maîtrisés, malgré leur spontanéité, par des chefs opérateurs au sommet de leur art. Une perfection technique qui ne sera jamais remise en doute dans la suite du concert. Si c’était l’objectif de Scorsese de nous en mettre plein les mirettes, il a diablement réussi. Il faut dire que les Stones méritaient bien ça car ce film est d’une grande importance dans leur carrière.
“Ce n’est qu’un au revoir”
Et oui, Shine a Light est bel et bien un adieu (uniquement cinématographique, on espère) des Rolling Stones qui, après une histoire tumultueuse évoquée au cinéma dans One+One (1968) de Jean-Luc Godard et Gimme Shelter (1970) des frères Maysles, semblent être entrés dans les normes, ce qui ne les empêche pas d’être des dieux vivants résistant à Cronos, ni des garçons sages (Keith Richards ne se refuse pas une petite boutade sur Clinton). Cet adieu est pourtant clair sur plusieurs points. D’abord, par l’inclination de Scorsese qui disparaît après le making of pour laisser toute la place aux Stones. Ensuite, par la fameuse liste des chansons, arrivée tardivement et soigneusement définie par Mick Jagger : passant par leurs plus grands succès (et encore, l’inévitable Satisfaction n’est jouée qu’en rappel) et leurs ballades oubliées (le bouleversant As Tears Go By), en passant par leurs racines blues et même country, la liste semble être une récapitulation de leur riche carrière. Les invités entrent aussi dans cette sorte de bilan des Stones, avec l’audace juvénile de Jack White, le sex-appeal de Christina Aguilera et l’incarnation du blues par Buddy Guy.
Mais le témoignage et la nostalgie la plus émouvante se trouve dans les images d’archive dans lesquelles ils sont tous plus défoncés les uns que les autres et dans lesquelles on revient sur les débuts fulgurants du groupe, la personnalité de chaque membre, les polémiques et scandales de leur célébrité, jusqu’à l’assurance totale du groupe qui, uni, est tout simplement imbattable (comme le dit Keith Richards : “Seuls, on ne vaut pas grand chose, mais ensemble, nous sommes les meilleurs !”). On revient également plus spécifiquement sur Richards lui-même qui, tel un phénix provocateur, a semblé renaître sans cesse, tout ça sur le refrain toujours plus puissant de Connection. Il s’agit donc d’une sorte de concert ultime jusqu’aux dernières notes sur lesquelles Keith (appelons-les par leur prénom après la complicité qu’ils ont instauré avec leur public) ne semble pas vouloir partir, à genoux sur la scène, serrant sa guitare contre lui. Enfin, le dernier plan : on précède Mick Jagger – pour une fois – dans les couloirs du Beacon Theater. Frénétique, fantastique, magnifique, ce plan finit d’immortaliser le groupe dont la fameuse langue surplombe New York devant la caméra du meilleur cinéaste qui ait pu les filmer. Shine a Light : que la lumière soit… et la lumière fut, incroyablement brillante et sacrément belle, pendant deux heures et une quarantaine d’années de pur rock’n'roll !
Note : Notez que sur les images d’archives, nous pouvons apercevoir en écran partagé Keith Richards et Mick Jagger répondant chacun à deux questions. Il s’agit là d’un extrait d’une émission de Thierry Ardisson dont on reconnaît aisément la voix.
En écoute avec Deezer » Jumping Jack Flash
www.deezer.com/track/981473







