Même la pluie, critique
Comment manquer un film aussi catastrophe que celui-là ? Catastrophe ? Oui, pourquoi ? Laquelle, ou plutôt celle d’une véritable tempête portant la signification profonde et humaine de changer le monde.
Un tel changement nécessite à modifier sa façon d’être, non, vous ne croyez pas une façon claire de se remettre en question ? Bon, bref, voilà, après le chef d’oeuvre « Incendies » très complexe, je vous présente mon deuxième film du week-end, il s’appelle Même la pluie (sortie 5 janvier 2011) et est sorti tout droit de l’imagination d’une réalisatrice espagnole Icíar Bollaín encore inconnue pour Cinematon. Un moment unique d’élargir sa culture cinématographique et historique ! Et, plus encore, pour continuer sur cette idéologie, lorsque le message dégagé par Icíar Bollaín se rapproche de l’histoire d’une colonisation, à l’image de Christophe Colomb et d’un peuple fier de défendre leurs valeurs, terres et ressources naturelles, le film porte un symbole d’identité très fort que seuls les humains ne pourront comprendre qu’après cette tempête. On peut donc qualifier cette oeuvre espagnole comme un beau film sensiblement humain et poignant dans le regard d’une population déterminant et déterminé. Cherchant à exister simplement, elle décide de se battre afin de faire reculer ces humains le plus loin possible. Dans une terrible bataille se cache la dangerosité de l’homme enfouie en chacun de nous et le courage d’un peuple devient omniprésent pour défendre leurs biens dans un pays (la Bolivie) où les lois sont corrompues par des politiques et une horde de sauvage révolutionnaire qui n’hésite pas à spolier et massacrer sauvagement tout ce qui gravitent autour d’eux.
Ensuite, maintenant, on plante le décor, Sebastián (Gael García Bernal), jeune réalisateur passionné et son producteur investissent les décors somptueux et magnifiques des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film.
Le budget y est très serré, les éléments se construisent, la croix, l’hélicoptère, la recherche de comédiens et une file d’attente jusqu’au moment où s’installe la colère de ces habitants désireux à survivre. Le début du tournage est décidément éprouvant, marquant et renforce bien l’imperméabilité des classes sociales entre les individus, à l’instar de la richesse et de la pauvreté et de la misère. Les figurants sont montrés du doigts pour mieux les mettre à nue dans une ère où ils étaient « exploités ». Les cadrages sont très serrés, venant traduire une impression de mal-être et indiquant une image effroyable d’une population de gens, gangrenée par un monde immoral qui spolient richesse et ressources. Que va-t’il leur rester ? La fierté à se faire dépouiller, la liberté de se faire massacrer et couper la main à la machette par des barbares sans foi ni loi.
Et, pourtant, le réalisateur et Costa
interviennent et inversent la donne pour mieux les aider. Leur tournage, leur argent, leur scrupule et leur malhonnêteté à payer lamentablement des figurants locaux, ne sont qu’effleurés et leurs objectifs se trouvent vite emportés dans une lutte pour la survie d’un peuple démuni, dont l’un des principaux personnages mène la révolte contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Le choix est terriblement bouleversant, le réalisateur ne cache pas ses larmes mais il détient une force impénétrable pour continuer le tournage d’un film, coincé entre une tempête et la dignité d’un peuple à se faire entendre. C’est bien de ça qu’il est question, le courage, la détermination d’un travail où les mentalités s’en trouvent ébranlées. De belles images y sont capturées, elles sont parfois révoltantes mais portent un message fort raconté d’une manière juste et décente dans l’histoire d’un film profondément humain et poignant !
Puis, un autre élément est important à souligner, l’adaptabilité d’un homme à se dépasser soi-même et faire mûrir sa réflexion pour devenir bon. Ni le réalisateur, ni le producteur n’était capable de comprendre la réelle motivation d’un tel peuple. A eux tous, ils s’efforcent de continuer un film, y arborant deux histoires bien plus humaine et poignante qu’ils auraient espérer. D’un côté, le tournage d’un film si symbolique qu’authentique sur l’histoire d’un prêtre dominicain espagnol, Bartolomé de Las Casa qui avait dénoncé les pratiques des colons espagnols et défendu les droits des Indigènes en Amérique. De l’autre côté, un combat, une lutte des Indiens d’aujourd’hui pour garder leur ressource naturelle : l’eau potable.
Ainsi, Icíar Bollaín fait un parallèle entre les deux époques et dégage une émotion lors de la persécution des Indiens.
Quant au personnage de Sebastián, il est incarné par l’excellent Gael García Bernal, et est obnubilé par son film qu’il voit comme une emblème d’une population d’Amérique du sud blâmée, éreintée. A travers un point de vue idéologique, il rétablit une certaine vérité à une fresque historique dont le caractère cacophonique y est appuyé par de nombreuses manifestations plus ou moins violentes. Il prend d’abord la défense de ses figurants, des Indiens auxquels lui et son producteur Luis Tosar se sont attachés, pour reculer et ne penser qu’à leur film. Ils sont durs, intransigeants, mais la lâcheté se transforme en personnage héroïque…
En bref, tout comme Ken Loach, Icíar Bollaín dégage une vision humaine dans un film personnel qui se démarque par un discours engagé, le portrait d’un réalisateur, la peinture d’évènements historiques, un tournage dans la jungle, de nombreux figurants et une mise en abyme d’un récit où les personnages n’hésitent pas à mouiller la chemise au profit d’une cause juste ! A cela, le récit se dote d’une émotion, y laissant des valeurs profondes qui ne laisseront personne indifférent, là où la vie possédait une nature intrinsèque. Un film, un combat, un vrai coup de gueule pour mieux sensibiliser les acteurs, politiques, multinationales en tout genre à une immoralité suscitant bien des questions et réponses !


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