Never Let Me Go, critique
Retour à quelque chose qui fait mal, là où le cinéma nous délivre un message fort mais difficilement interprétable. Drame intimiste ou triste allégorie ? Qui sais-je ? Never Let Me Go se consume habilement par ces deux tableaux pour mieux nous faire pleurer. Il est difficile de se retenir, nos larmes se dessinant sur nos visages de spectateur (en tout cas, les miennes) et Mark Romanek nous apporte une saveur amère, indigeste et de la compassion où il est question d’humanité et d’amour au sens propre (bien sûr)…
Oui, et plus encore ? L’idée du film n’est pas mal mais sa difficulté de l’aborder offre à un casting des rôles aux multiples compositions que seules leur personnalité, leur époque qui les transporte, leur point de vue viennent adoucir la note tragique d’une bien belle et triste histoire sensiblement émouvante où personne n’en sortira indemne. Telle est la force d’un film, sa difficulté, son âme. Diablement envoûtant et percutant !
Ainsi, Mark Romanek, étrange réalisateur américain, est principalement connu pour ses clips musicaux et vidéos. Son style personnel l’amène à réaliser en 2002 un long-métrage « Photo Obsession » d’une curiosité affolante et déconcertante, donnant à Robbie Williams une nouvelle touche dans son jeu d’acteur et créant ainsi un nouveau genre cinématographique : le drame intimiste doté d’une vision particulière.
Comme chez Anton Corbijn, il n’utilise aucun procédé récurrent, l’action ne fait pas partie de son histoire dépourvue d’effets superflus et de voitures volantes. Mark Romanek préfère poser sa mise en scène avec une méticulosité incroyable où chaque moment est une avancée qui mène au futur, lentement mais sûrement. C’est par cette méthode intelligible qu’il dévoile progressivement son récit et nous surprend par la puissance de son imaginaire !
Puis, l’histoire de trois amis se met en place dès leur plus jeune âge, ils ont grandi ensemble dans un environnement typiquement anglais rustre, présidée par une femme acariâtre (Charlotte Rampling), et sont presque indissociables.
Ils se cherchent, essayant de donner un sens à leur existence, là où la vérité éclate dans des moments excessivement durs ! Dès lors, nous assistons impunément, sans que personne le veuille, à la recrudescence de ces trois personnages qui, au détour d’une scène violente, apprennent qu’ils ont été élevés, que dans un seul but, donner leur organes à leur « modèle » original. Des questions éthiques peuvent subsister dans leur âme. D’ailleurs, en possèdent-t’ils réellement ? Et, pourquoi cette institutrice pleure-t’elle en leur annonçant qu’ils ne vieilliront jamais ? Peux-t’on leur interdire l’amour ? Lentement, doucement, ces trois personnages souffrent, se déchirent et ne possèdent rien, même pas leur corps. Quel est le sens véritable de la vie ? Le film n’hésite pas à confronter leur point de vue jusqu’à heurter la sensibilité des spectateurs ; et, c’est dans cette approche que nous pouvons réfléchir sur la condition humaine.
Cependant, une autre question réside, si les personnages tentent d’exister à travers une belle histoire où il est question de vie et d’amour, nous ne comprenons pas leur motivation à subir une telle fatalité. Pour quelles raisons ne préfèrent-t’ils pas la fuite ? Et, c’est là que le récit se veut encore plus fort, Carey Mulligan se révèle très efficace.
Elle fait partie de la trame de l’histoire où lorsqu’elle voit Keira Knigthley et Andrew Garfield tomber amoureux petit à petit. Chaque moment vécu est difficile à imaginer mais leur complicité reste déterminant et vraie dans la quête d’une vie (malheureusement) écourtée. La force du film, sa saveur particulière se rapportent à ces trois êtres venant traduire tout les silences impénétrables du récit et lui donner toute la profondeur et le courage nécessaire pour survoler pudiquement de beaux instants. Ainsi, l’amour est-il plus fort que ces horreurs inventées par l’être humain ? Pourquoi doivent-t’ils mourir ? Et, si ils valaient mieux que leur donneur sans âme ni conscience ? Les trois comédiens jouent habilement la justesse et l’émotion.
Ouf, à la fin de la séance, nous ne savons que faire d’un final aussi morose que la grisaille d’un littoral anglais. Devons-nous retenir notre émotivité ou non ? L’histoire est assez étrange, personne ne fait rien, l’action est inexistante, seule une ambiance anglaise bucolique vient orner une oeuvre intransigeante où le regard et la force des trois personnages sont présents pour faire de leur « existence » une histoire terriblement bouleversante. Et, lorsqu’ils se voient disparaître de l’écran, malgré une vie remplie d’espoir et de jeunesse, nous pouvons pleurer devant une musique douce et lancinante, y confortant pour les uns un certain goût du désespoir et empruntant pour d’autres une note ambiguë contemplative…

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