Nouveau film d’Eric Valette avec Albert Dupontel et Alice Taglioni

Ma prochaine sortie est dédiée au nouveau film d’Éric Valette : La Proie avec Albert Dupontel et Alice Taglioni.

En salle le 13 avril 2011

(Brio Films / Studio Canal)

Avec : Albert Dupontel, Alice Taglioni, Sergi Lopez, Stéphane Debac, Serge Hazanavicius

Un braqueur (Albert Dupontel) s’évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série qui a entrepris de lui coller ses crimes sur le dos. Une policière de la Brigade des Fugitifs (Alice Taglioni) se lance à la poursuite du braqueur, devenu bien malgré lui l’ennemi public numéro 1. Quand chacun des protagonistes aura été au bout de lui-même, qui sera le chasseur, et qui sera la proie ?

Je vous invite à découvrir la bande-annonce d’un film.

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Passionné par le film fantastique et l’univers gore, Eric Valette, réalisateur, scénariste français signe « La Proie » son quatrième long métrage. Entre une poursuite policière, une traque d’un tueur en série et des références que nous devons au « Fugitif » d’Andrew Davis (1993, avec Harrison Ford),  ce nouveau film français est porté par une bonne dose d’action autour d’Albert Dupontel et Alice Taglioni, deux comédiens jouant ici dans un registre surprenant.

Photos.

Entretien avec Éric Valette, réalisateur :

Titulaire d’une maîtrise en Science et Techniques de communication audiovisuelle en 1991, Eric Valette réalise plusieurs court métrage, dont “Samedi, dimanche et aussi lundi”, remarqué au Festival de Cognac 1999 où il remporte le Grand Prix. Parallèlement, Eric Valette signe plusieurs clips et réalise de nombreux sketchs des Guignols pour Canal +. En 2002, le réalisateur signe son premier long métrage, “Maléfique”, qui remporte le Prix du jury du 10e Festival “Fantastic’Arts” de Gérardmer, suivi de “One Missed Call” (2008), “Une affaire d’état (2009) et “Hybrid” (2010).

Pourquoi avez-vous voulu réaliser La Proie ?

Lorsque les auteurs, Luc Bossi et Laurent Turner, m’ont contacté, leur projet n’était encore qu’une idée, mais elle m’a tout de suite séduit. Leurs quelques pages proposaient une situation de base très accrocheuse et forte d’un vrai potentiel. Chaque fois que je le peux, j’aime être là au tout début des projets, pour avancer le plus possible en profondeur. Depuis longtemps, je souhaitais faire un film de poursuite, avec un héros noir. J’aimais l’idée de l’amoralité du héros disposant de ses propres codes et de sa propre ligne de conduite. Le fait que l’histoire soit nourrie de plusieurs faits réels me plaisait aussi. On trouvait du coup des résonances réalistes, un côté « fait-divers » associé à une vraie dimension de cinéma. Entre-temps, j’ai réalisé UNE AFFAIRE D’ÉTAT, mais je gardais ce film-là à l’esprit. Luc et Laurent m’envoyaient régulièrement leurs synopsis, leurs idées sur lesquelles je rebondissais en proposant des notes, des suggestions, des pistes. Depuis le début de l’écriture, nous étions d’accord sur la nécessité de faire cohabiter la dimension de pur divertissement avec une complexité dramatique et psychologique. Je souhaitais pouvoir offrir un vrai film d’action, d’« entertainment », sans oublier le fond et l’émotion. J’ai toujours eu envie de faire ce genre de films, c’est celui que j’aime regarder. Pour moi, le fait d’être un bon « divertissement du samedi soir » n’est pas en contradiction avec l’idée de faire de la qualité en offrant en plus quelques ambiguïtés et même un petit côté sarcastique. » Le casting du film réunit une belle palette de comédiens de premier plan.

Comment s’est-il mis en place ?

Pour incarner Franck Adrien, le braqueur qui s’évade, j’ai pensé dès le début à Albert Dupontel. C’est un très grand acteur et l’un des rares en France qui pouvait en plus assumer le côté très physique du rôle. Il offre quelque chose de fort à son personnage. Albert apporte une densité, une rage et une détermination qui renforcent le rôle. Il porte une véritable humanité sans pour autant effacer la noirceur. C’est un acteur puissant, totalement investi. Il bénéficie en plus d’une grande affection du public, ce qui permet d’emblée de rendre ce personnage complexe sympathique. On a envie de savoir ce qui va lui arriver. Pour le rôle de Claire Linné, nous n’avons pas immédiatement songé à Alice Taglioni parce qu’initialement, le rôle était écrit pour une quadragénaire. Le personnage a rajeuni, et c’est Luc qui m’a suggéré de la rencontrer. Au-delà de son charme et de sa beauté, Alice dégage quelque chose de très physique et de très concret et le personnage de Claire lui permettait de se démarquer de certains de ses emplois habituels de « blonde glamour .» C’est un emploi assez nouveau dans sa carrière et je crois que c’était intéressant et pour le film et pour elle. Le rôle du tueur était crucial. Après pas mal de tâtonnements, nous avons fini par nous tourner vers quelqu’un de peu connu, dont le public ne serait pas très familier et qui, de ce fait même, arriverait comme une espèce de page blanche sans à priori. Nous avons fait des essais et Stéphane Debac m’a totalement convaincu. Il arrive à dégager quelque chose d’ambigu, aussi bien dans la douceur que dans la folie, en étant toujours juste et intéressant. Stéphane s’est beaucoup préparé en amont : il a réfléchi à la façon dont Maurel s’exprime, s’habille, se tient. Sa méthode n’est pas du tout envahissante sur le plateau et j’apprécie cet investissement. Le reste du casting s’est organisé autour de gens que je connais et avec qui j’aime travailler comme Serge Hazanavicius qui n’avait jamais joué de rôle de flic, puis des gens dont j’admire le travail comme Natacha Régnier qui incarne parfaitement le côté illuminé et soumis de Christine Maurel ou Zinedine Soualem qu’on avait jamais employé dans un rôle archétypal de film d’action… Et nous avons eu la chance d’avoir de précieux guests pour certains rôles, comme Sergi Lopez ou Caterina Murino, enthousiasmés par le script et par leurs personnages, même s’ils avaient relativement peu de scènes. Ça a été de très belles rencontres et j’ai essayé de leur rendre justice à l’image.

Comment avez-vous abordé les différents univers du film, des scènes de prison aux impressionnantes séquences de poursuite en décors naturels ?

Même si mon expérience du domaine carcéral est réduite, il y a un parti pris. J’avais la volonté, totalement consciente, de décrire une prison clinique, qui s’apparente un peu à un hôtel Formule 1 parce que nos repérages nous ont permis de constater que c’est à cela que ressemblent les nouvelles prisons françaises. Nous avons tourné les extérieurs à la prison de Toulon La Farlède, dont le bâtiment est en plus très graphique. Amener le public dans des endroits qu’il n’a pas vus est toujours intéressant. En termes de mise en scène, j’essaie d’être graphique sans être esthétisant car je veux aussi un côté brut. Dans le film, il n’y a pratiquement aucun ralenti, peu de fondu enchaîné, c’est du cut tout le temps. J’aime le côté très sec. En matière de décor et d’environnement, je ne voulais pas me priver de filmer des choses laides si elles sont intéressantes. À mon sens, LA PROIE est vraiment un film provincial et banlieusard, avec des lotissements, des zones industrielles, des lieux que nous connaissons tous, où nous vivons, et souvent peu incarnés dans le cinéma français. J’ai envie d’amener des poursuites, des explosions, du drame, dans ces endroits-là. Albert Dupontel trouve dans ce film un rôle emblématique mais aussi particulièrement physique.

Comment avez-vous mis en valeur cet aspect de sa performance ?

Au-delà même de la logistique et de la compétence de toute l’équipe, le fait qu’Albert assume lui-même la totalité de ses scènes d’action était un atout considérable. Il apporte de l’action dans son jeu et du jeu dans l’action. Albert a pris tous les risques : tomber d’un immeuble, sauter sur un train en marche, se battre avec réalisme, et j’en passe. Sur la façade de la villa des Maurel, il a escaladé la pergola, sans aucun câble de sécurité, sans structure renforcée, uniquement à la force des bras. Albert a vu que la lumière était bonne, que les caméras étaient là, et il s’est lancé. C’est typiquement le genre de choses pour lesquelles il est super volontaire. Il y va et on sent que cela l’amuse. Il n’y a pas un plan où il soit doublé. J’étais à la fois tétanisé de trouille et fasciné par les risques qu’il prenait! On ne peut pas être frileux et retenir un comédien qui donne tant. Je ne pouvais que devenir son partenaire dans le crime ! Je dois valoriser du mieux que je peux ce qu’un tel comédien peut donner. C’est rare, précieux et superbe. Au-delà de son engagement physique, Albert est un immense acteur dramatique. C’est un corps, une voix, il sait jouer sur tous les registres et il a donné une force immense au film. Sans atteindre les extrêmes du rôle d’Albert, le personnage d’Alice Taglioni avait aussi quelques scènes assez physiques. Alice s’est beaucoup donnée et elle n’a été doublée que pour certaines scènes de chutes.

Depuis Une Affaire d’Etat, votre travail semble tourner autour de deux axes abordés avec la même rigueur : scènes d’action et drame psychologique.

J’essaie d’être le premier spectateur de mon travail. Même si ce n’est pas le même, je trouve du plaisir à la fois dans les scènes d’action et les scènes de jeu. Panacher les deux est passionnant. Pendant les scènes d’action, épuisantes du point de vue logistique, on a vraiment l’impression de se retrouver comme un gamin et de placer ses petits soldats sur un plateau de jeu. Les scènes de comédie sont plus confortables. Lorsque vous filmez un face-à-face de pointures comme Albert Dupontel et Sergi López dans la scène de parloir, il n’y a qu’à capter en fonction de ma partition. Je sais précisément qu’à tel moment je dois passer en gros plan, qu’à tel moment je dois lentement approcher la caméra en travelling. J’ai dans la tête une espèce de musique de plans, et voir les comédiens jouer les notes de la musique est passionnant. Avant, je storyboardais tout – sans dessiner très bien ! – et cela me prenait beaucoup de temps. Maintenant, je ne fais dessiner que les séquences d’action parce que c’est un outil pour l’équipe. Par contre, pour tout le reste, je fais une liste précise des plans que je souhaite pour chaque scène. Je sais que je dois changer de focale à tel moment, que sur telle réplique il est intéressant d’avoir tel mouvement. J’essaie de conceptualiser la mise en scène, mais de façon beaucoup moins précise que par un storyboard, en laissant plus de latitude aux comédiens. J’arrive donc toujours très préparé sur le plateau, mais c’est en arrivant très préparé que l’on peut se sentir assez en confiance pour tout changer, avec le souci constant d’améliorer les choses. Pour bien improviser, il vaut mieux être hyper préparé !

Parlez-nous de la préparation et du tournage.

Quand vous avez un casting aussi important avec des comédiens très occupés, il est quasiment impossible de réunir tout le monde pour des lectures d’ensemble. Je fais donc des lectures individuelles pour permettre à chacun de se mettre son texte en bouche. Par contre, le fait qu’ils se découvrent entre eux sur le plateau favorise une certaine spontanéité. Ayant travaillé sur le texte, ils peuvent se consacrer au jeu, se concentrer sur l’intention. Je fais très peu de prises. J’essaie de trouver un moyen terme entre ce que souhaite l’acteur pour être à l’aise dans son travail et ce que j’estime nécessaire. C’est toujours une question d’attitude. Durant les premiers jours, on découvre le fonctionnement de chacun. J’ai commencé par filmer le couple Maurel dans ce qu’il a de plus normal et de plus terrible. Après, on a tourné la fin, la confrontation finale, la seule scène où les trois personnages se retrouvent ensemble. Ensuite, on a fait le chemin à l’envers pour les retrouver chacun dans leur quête. La logistique ne nous laissait pas vraiment le choix mais ce n’était pas grave. Du coup, les acteurs se sont fréquentés rapidement. Nous avons tourné une grande partie du film dans les Alpes-Maritimes, mais aussi en région parisienne, à Toulon, et pour cause d’autorisations, l’une des plus grosses scènes de poursuite impliquant de nombreuses voitures et un train a été tournée à Prague. Je fantasmais beaucoup sur cette séquence. L’action, quatre caméras, des comédiens et des équipes très décidées, et les enjeux narratifs et visuels, tout cela était extrêmement motivant. Du début de la poursuite au moment où Albert s’échappe du train dans la campagne, le tournage a duré cinq jours. Tout le monde en est sorti épuisé, surtout Albert qui, avec une double entorse, a souffert physiquement. Malgré toutes les difficultés que pouvaient représenter certaines scènes d’action, aucune d’elles ne m’a angoissé. Par contre, n’ayant jamais été confronté au tournage d’une scène d’amour, j’appréhendais celle qui ouvre le film, entre Albert et Caterina. Mais tout s’est très bien passé.

La musique du film, lyrique et dense, contribue à en faire une expérience intense.

La musique est l’un des éléments qui déterminent l’identité d’un film. Après de multiples tâtonnements, j’ai rencontré Norman Fisher-Jones, alias Noko, à Londres. C’est un partenaire musical avec qui j’ai une vraie osmose. Même s’il est assez nouveau dans la bande originale, il possède une bonne expérience parce qu’il a fait beaucoup d’électro et a collaboré à des projets très variés. Il a beau être hyper contemporain, il travaille « à l’ancienne » en composant des thèmes pour les personnages et en créant de vraies lignes narratives. Son travail m’aide à élever les scènes, ses compositions apportent une certaine flamboyance, un lyrisme qui complète souvent la sobriété de jeu que j’ai souhaitée pour la direction d’acteurs. Il amène une perception induite, un « double discours » qui étoffe encore le jeu. J’espère que le spectateur va se laisser emporter par l’action mais qu’au-delà du divertissement, il trouvera aussi des choses plus fortes, plus profondes. Il est possible de raconter de vrais récits romanesques, avec des personnages très forts et de l’action, chez nous en France. Le film correspond à ce que je pressentais lorsque j’ai eu le script, un divertissement rythmé, grand public, avec des touches de noirceur, mais qui garde une ligne claire. J’aimais l’idée de faire un film qui ait cette épure. Je fais des films auxquels je crois.

Merci à Thomas pour l’interview.

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