On connaît la chanson : les acteurs chantent pour Alain Resnais…
Sorti en novembre 1997, On connaît la chanson du grand Alain Resnais, écrit par les multirécompensés Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, fut le plus grand succès populaire de son auteur ! Il faut dire que faire une comédie musicale sur des chansons populaires françaises originales était une brillante idée qui ne pouvait que séduire. Le film ne séduit pas d’ailleurs que le public puisqu’il reçut pas moins de 7 Césars l’année suivante, dont ceux du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur acteur pour André Dussolier. Retour sur l’un des films français les plus réjouissants…
Suite à un malentendu, Camille s’éprend de Marc Duveyrier. Ce dernier, séduisant agent immobilier et patron de Simon, tente de vendre un appartement à Odile, la soeur de Camille. Odile est décidée à acheter cet appartement malgré la désapprobation muette de Claude, son mari. Celui-ci supporte mal la réapparition après de longues années d’absence de Nicolas, vieux complice d’Odile qui devient le confident de Simon.
(source : Allociné)
On ne le cachera à personne, la grande originalité d’On connaît la chanson est son usage de chansons populaires : à plusieurs reprises, la voix des personnages sont remplacées par les voix de chansons françaises célèbres. Ainsi, Sabine Azéma devient France Gall, Pierre Arditi devient Serge Gainsbourg, Lambert Wilson devient Jacques Dutronc, André Dussolier devient Eddy Mitchell… Après avoir surtout expérimenté la narration, Resnais s’intéresse cette fois au son et le procédé, ne gênant jamais le récit – bien au contraire, il lui donne de l’énergie -, apporte un humour bienvenu, et ce dès la première utilisation du procédé lorsque l’officier nazi se met à chanter comme Edith Piaf ! Et attendez un peu de voir Jean-Pierre Bacri se prendre pour Alain Delon et Azéma emprunter la voix rauque de Dalida sur les refrains de Paroles, paroles…
Ces chansons sont accompagnées d’un scénario d’Agnès Jaoui & Jean-Pierre Bacri qui n’a pas volé son César. Très habile, il prend une parfaite intrigue de théâtre de boulevard. Ainsi, six personnages, reliés les uns aux autres à leur insu, se rencontrent sans cesse, l’un devenant le confident de l’autre et ainsi de suite, dans un Paris qui sert de scène de théâtre. Ces personnages, corrigeant petit à petit leurs différents quiproquos, se rassembleront tous dans une scène finale qui, dans un appartement aux allures d’aquarium, offre un formidable dénouement.
Attention cependant, Alain Resnais reste un cinéaste des plus sérieux et mystérieux et il n’utilise pas ces chansons populaires que pour ranimer un inconscient collectif musical français. Car derrière l’apparente légèreté du film se cache une toute autre vérité que les personnages ne connaissent que trop bien. Resnais cherche avant tout à révéler l’incommunicabilité, l’auto hypocrisie et le mensonge de la société. Les personnages s’arrangent toujours pour ne pas avoir à dire la vérité : Bacri dit que tout va bien avec sa femme, Dussolier n’ose pas dire ses sentiments à Jaoui, Azéma ne sait plus gérer tous ses petits secrets, quant à Wilson, il est d’une hypocrisie extrême. Dans ce film, on s’arrange, on nuance, on ment. Le hasard fait toujours qu’ils doivent s’accorder avec la vérité, mais ils font la sourde oreille et font en sorte de la détourner. Les chansons sont finalement là pour exprimer ce que les personnages ressentent mais ne se disent pas. Des petits arrangements avec la vérité qu’on connaît tous aussi bien que la chanson, comme nous le rappelle le dernier personnage du film. On connaît la chanson n’est donc pas si léger et derrière la gaieté générale, Resnais cache une étude sociale plutôt triste où tout le monde, à force de mentir aux autres, se ment à soi-même. “J’ai une dépression ? Je suis rassuré !” comme le dit Jean-Pierre Bacri.
Ces fameuses et mystérieuses méduses qui apparaissent lors du dénouement va dans cette même voie moins drôle. Parce qu’elles questionnent énormément, elles nous font sentir le malaise que ressent le personnage d’Agnès Jaoui à ce dénouement, en même temps qu’elles représentent les sentiments des personnages : molles, vides et sans buts. Egalement signal d’alarme pour le spectateur, elles le rendent attentifs et lui disent de faire attention aux apparences. Parce qu’on connaît la chanson…
En écoute avec Deezer » Paroles, paroles
www.deezer.com/track/1165846





