Putty Hill, critique
Comment s’organise la vie de ceux et de celles qui restent après la perte d’un proche ? Le fil
m « Putty Hill » de Matthew Porterfield tisse les liens entre amis et familles dans un récit endeuillé, émouvant et juste.
Différents portraits croisés d’hommes et de femmes se font, se défont sur fond de violence et de trafic de drogue dans un quartier du nord-est de Baltimore, Putty Hill, dans le Maryland.
Dans ce quartier industriel qui fut autrefois la cible de trafics de drogue et de la violence dans les années 1970, la vie suit son cours entre un quotidien désenchanté et un avenir incertain, loin du rêve américain. La première histoire, un jeune adolescent perdu se défoule lors d’une partie de paintball ; il tente de se souvenir de son frère Cory décédé d’une overdose. La deuxième, Spike, un tatoueur raconte comment il a tiré sur un homme dans Putty Hill Avenue, une rue parallèle à la frontière de la ville. La troisième, une jeune femme Zoé entourée de son groupe d’amies, revient dans sa ville natale. La quatrième et la cinquième, une famille et des amis s’unissent indépendamment dans une maison, une maison de retraite, une piscine, un jardin. De ces personnages, amis, famille, des liens profonds vont les unir à un événement tragique : la
perte d’un des leurs. Même si les sentiments restent difficilement à exprimer, même si les blessures du passé restent ouvertes, comment pourront-ils se reconstruire et trouver du réconfort dans des plaisirs et des relations simples ?
Pour son deuxième long-métrage après Hamilton comme réalisateur, Matthew Porterfield met en scène une docufiction sur l’histoire d’une ville et de ses individus (des acteurs non professionnels) en pleine reconstruction face à un deuil plus ou moins triste. Le réalisateur illustre son récit par le déclin économique et industriel qu’avait connu la ville de Baltimore dans les années 1970. A cette époque, le trafic de drogue et la violence qui en résultait, ont fait de certains quartiers de vrais no man’s land. Bien que Putty Hill ne traite pas particulièrement des problèmes de drogue, Portefield aborde leur évolution à travers une des victimes de ce fléau : un adolescent mort d’overdose, dans une ville américaine qui présente l’une des plus fortes dépendances de l’héroïne du pays.
Même si les sentiments ne sont pas toujours facile à exprimer entre la famille et les amis du défunt, Matthew Porterfield renvoie un récit parsemé de rancœur et d’incompréhension autour de ces individus différents. Les plans sont fixes. La caméra est tantôt proche tantôt distante des acteurs, le réalisateur alterne ces deux points de vue pour respecter la douleur des uns et des autres qui tentent de retrouver un sens à leur vie. Il apporte ainsi une réflexion à la fois sensible et profonde sur la famille, les valeurs de l’amitié, la société et ses méfaits, et la lutte que l’individu mène pour trouver sa place. 
L’action ne se produit pas toujours à Putty Hill, elle est le mélange du milieu urbain et rural de ce quartier et se définit par ces charmes mélancoliques. En observant les destins de cette famille et de ces amis perdus dans leurs sentiments, s’unir, se désunir, on ne peut que ressentir leur profonde tristesse face à la mort de l’un des leurs qu’ils ont tant connu. Les souvenirs sont malheureusement le seul lien qui les unit et le temps aura une grande importance pour estomper (au mieux) les blessures d’un douloureux passé. On peut ici se laisser porter et terminer le film par une très belle musique chantée par Whitney Houston dans “Bodyguard“, “I Will Always Love You“.
Le second film de Matthew Portefield est un film docufiction qui tisse les liens entre amis et familles dans un récit endeuillé, émouvant et juste. Il nous parle par son histoire universelle. Il aborde la mort, les souvenirs mais se penche essentiellement sur la vie de ceux qui restent : Comment ces derniers vont-ils se reconstruire dans une (nouvelle) vie ? C’est là que le film joue sa corde sensible.
Découvrez une interview du réalisateur Matthew Porterfield !
Distributeur : ED Distribution.

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