Rien à déclarer, critique et rencontre
Avez-vous quelque chose à déclarer ?
« Rien, absolument rien », rétorque Monsieur Lanus (ou Janus) ! Oups, le beau lapsus révélateur qui annonce la gouaille de cette bonne comédie française (et belge) bien rythmée par un sens de l’humour certain et un casting de luxe qui prend un plaisir phénoménal à s’envoyer des répliques cultissimes et de nombreuses vannes (15 à la minute pour être plus précis).
Tout comme les ch’tis, Dany Boon peut enfin rivaliser avec les comédies populaires où le rire naturel fait mouche immédiatement avec un petit zeste subliminal de tolérance. Son second long-métrage y est véritablement beaucoup plus marquant que sa première réalisation, la surprise est à la hauteur pour ceux qui auraient oublier la joie et la bonne humeur. Une façon indéniable d’oublier la morosité ambiante de notre société à quelques jours de Noël ! Ca réchauffe le coeur.
Franchement, allez-y de bon coeur sans vous poser de question, vous allez passer un agréable moment de rire. Si vous n’avez plus rien à déclarer d’ici la sortie nationale belge (26 janvier 2011) et française (2 février 2011), alors laissez-vous tenter par cette petit mise en bouche entre deux nationalités qui se rencontrent. Hilarant !
Déjà, dès le départ, on y voit un Benoît Poelvoorde en douanier belge poussant un hurlement rageur. Il vient d’apprendre une terrible nouvelle. C’est le commencement des emmerdes pour ce personnage indéboulonnable et incorrigible belge qui fait régner la loi sur son territoire. Tout commence par cette petite ligne jaune où la fierté d’un peuple y est « vulgairement » représentée. D’ailleurs, un autre moment du film est succulent : les panneaux de direction (France ↔ Belgique) et les étoiles situées dans le ciel font ressortir le jeu d’acteur irritant de l’acteur. Il joue extrêmement bien son rôle de despote, son air est provocateur, arrogant et ne cesse de se moquer des français… jusqu’au jour où une rencontre inévitable se passe de l’autre côté de la frontière. Il devient encore plus énorme où sa méchanceté lui fait perdre ses moyens. Là, nous assistons à une confrontation musclée entre les deux hommes que tout oppose Benoit Poelvoorde vs Dany Boon, à l’exception d’une femme.
Voilà, l’entrée fracassante du réalisateur ! Ce dernier est en grande forme, il incarne parfaitement l’archétype du français, râleur, bougon avec sa moustache et son accent ironique.
Et, pour continuer dans la bonne humeur de l’histoire, nous pouvons y ajouter un zeste de folie autour de trafiquants de drogues qui apparaissent et transpercent l’écran avec leur camionnette estampillée « Amblance » (non, non, il ne manque pas de lettre). Une belle équipe de bras cassés entre un froussard, un illettré qui percute formidablement et un trafiquant véreux pas très persuasif (Laurent Gamelon). Il y aussi les propriétaires du restaurant « No Man’s Land », un couple tranquille, simplet et bête qui accueille chaque midi les douaniers belges et français où les conversations s’animent autour d’un humour poussif et hilarant, souvent âcre et violent.
Après Bienvenue chez les ch’tis, Dany Boon revient à la réalisation et choisit une belle brochette d’acteurs (Benoît Poelvoorde, François Damiens, Karin Viard, Laurent Gamelon) pour sa (nouvelle) comédie populaire et satirique, coincée entre deux nationalités différentes. Et, pourtant, l’alchimie est bien là entre ces deux douaniers que tout oppose : un belge hystérique qui se considère comme anti-français et un autre français simplet, qui par le biais d’une brigade volante franco-belge, vont devoir apprendre à se connaitre et à se supporter. Leurs confrontations vont leur apporter bien plus qu’ils n’auraient pu s’imaginer…
Tout est réussi dans ce nouveau film français, Dany Boon y soigne la mise en scène est soignée, réinvente les décors et le monde de l’automobile (une 4L dynamitée en porsche). L’originalité et l’inventivité de ses dialogues des nombreuses situations hilarantes et extravagantes tiltent immédiatement, provoquant le rire d’une salle bondée de monde.
Oui, nos zygomatiques ont fonctionné à merveille autour de blagues belges et autres moqueries ethnocentriques plus ou moins caustiques, plus ou moins burlesques…
Mais a-t’on envie de pardonner (ou s’adonner) à Benoit Poelvoorde, un odieux personnage qui tire bien plus facilement sur son prochain pour le style d’une comédie où les fusillades peuvent paraître étranges. Peu importe, la mécanique est bien huilée et entraîne des apparitions qui nous surprennent où chacune des répliques transcende de scènes en scènes, rivalisant avec un humour hilarant et une ironie inimaginable, que Dany Boon a le plaisir de partager avec ses acolytes. Il provoque ainsi excessivement l’hilarité du public pour tous ceux qui veulent redécouvrir le rire et les gags : le dealer qui s’enfonce des sachets de cocaïne dans l’anus, les propriétaires du restaurant frontalier, joués par l’ex-plombier de l’Arnacoeur, François Damiens et la belle Karin Viard, qui se prénomment les Janus (je n’en dirai pas plus) et qui ne manquent absolument pas de retenue. J’emploi le mot « retenue » parce que ces deux êtres ne rateront jamais l’occasion de se faire remarquer et provoquer la colère d’un trafiquant excédée par le manque de professionnalisme de sa fine équipe.
Personne ne ratera les autres réflexions déplacée sur les lesbiennes lors d’une scène particulièrement jouissive. Ah, lorsque Dany Boon juxtapose au genre comique une petite romance où il s’amourache avec la soeur de son ennemi juré.
Et, là, le moment est succulent et jouissif où l’air innocent de Dany Boon et Julie Bernard sont irrésistiblement charmeurs. Benoît Poelvoorde est encore plus excédé à l’idée de voir ce « camembert » de français sortir avec sa soeur (Julie Bernard). Tout comme le fiston hystérique, le papa belge incarne aussi bien le rôle du patriarche attaché à ses valeurs culturelles et à des petites choses anodines sans grande importance (l’eau française l’étouffe, il préfère l’eau belge…). A eux deux, père et fils sont énormes, ils sont limites pathétiques au détriment de ce que la vie peut offrir : la tolérance.
Tout part de là, le côté burlesque et l’aspect visuel du théâtre sont couplés aux traits populistes et humanistes de son précédent film, notamment dans la direction des acteurs. Dany Boon joue sur ce tableau pour faire de Rien à déclarer un film de seconds rôles auxquels vient se greffer le fleuron de la scène belge, Bouli Lanners et François Damiens. Le film se veut aussi fort dans le rajout d’une intrigue policière tournée en dérision et lui offre une dimension plus importante où les ch’tis se limitait à poser un univers et ses habitants. Sans oublier des séquences d’actions et de poursuites en 4L dont l’étonnante maîtrise technique ne doit pas être jalousé au style de Luc Besson.
En somme, la recette de l’indécrottable belge affrontant un gentil français est relativement efficace dans le registre de l’antithèse loufoque. Surtout lorsque le cadre où se déroule cette confrontation musclée : la douane française s’oppose à la douane belge ! Autant dire que tous les coups sont permis et Benoît Poelvoorde s’amuse à merveille dans son uniforme de personnage mauvais et prétentieux jusqu’à l’excès, pour notre grand plaisir bien sûr ! Alors, si vous n’avez rien à déclarer, laissez-vous tentez par cette bonne comédie française qui fait partager une bonne ambiance, un zeste d’humour et balance quinze vannes à la minute. Un vrai régal pour nos zygomatiques ! Alors toujours rien à déclarer.
NDR : Les photos de l’avant-première exceptionnelle organisée par le Méga CGR du Mans, se fera via un autre article sur le blog. Le voici : http://www.cinematon.fr/rien-a-declarer-cinematon-fait-le-boon-a-la-une-de-la-presse/



Aucune réponse
Trackbacks/Pingbacks