Terry Gilliam se lâche dans L’Imaginarium du Docteur Parnassus

Décidément, Terry Gilliam est un cinéaste qui a la poisse : après son chef-d’oeuvre Brazil qui n’a failli jamais sortir au cinéma, après le fabuleux conte Les Aventures du Baron Munchaüsen dont le tournage aurait pu ne jamais finir, après le projet avorté L’Homme qui tua Don Quichotte qui a donné lieu au making of catastrophe Lost in la Mancha, voilà que le décès tragique de Heath Ledger a bien failli avoir raison de L’Imaginarium du Docteur Parnassus ! Heureusement, ami commun de Gilliam et de Ledger, Johnny Depp propose ses services limités (3 jours de tournage seulement) pour éviter le naufrage du film, bientôt rejoint par Jude Law et Colin Farrell. Non seulement, ce remplacement au pied levé est déjà devenu historique et participe pleinement au foisonnement de l’oeuvre, mais en plus, il semble avoir conjuré le sort pour Gilliam qui va bientôt pouvoir reprendre le tournage de son fameux Don Quichotte, certes sans Johnny Depp, mais avec un nouvel acteur que Gilliam a refusé de révéler le nom, “par superstition”.

Tony (Heath Ledger) vous invite à traverser le miroir pour entrer dans l'imaginaire infini du Docteur Parnassus... à moins que ce ne soit celui de Terry Gilliam.

Tony (Heath Ledger) vous invite à traverser le miroir pour entrer dans l'imaginaire infini du Docteur Parnassus... à moins que ce ne soit celui de Terry Gilliam.

Ce sauvetage in extremis de L’Imaginarium du Docteur Parnassus permet en tous cas au film de laisser Gilliam donner son imagination la plus débordante et de devenir l’un des films les plus atypiques de ces dernières années. Mais le film est à l’image de sa roulotte qui traverse les rues de Londres : absolument merveilleux mais aussi très bringuebalant ! D’un côté, Gilliam peint des images superbes, pleines de poésie (ce qui est rare de nos jours quand on utilise des effets spéciaux) et représentatives de tout son parcours artistique : on retrouve du Monty Python, du Brazil, du Munchaüsen, et même du Las Vegas Parano dans le segment avec Colin Farrell ! Ces images d’un imaginaire complètement déchaîné sont traversées par des acteurs irréprochables : Heath Ledger laisse un dernier rôle très ambigu entre homme fabuleux mais dangereux, Christopher Plummer campe un Parnassus très touchant, Verne Troyer (le Mini-Moi d’Austin Powers) trouve enfin un rôle à sa mesure, Johnny Depp est comme toujours fascinant et drôle, Jude Law se laisse emporté dans ce monde fabuleux, Colin Farrell campe un rôle d’enfoiré qui lui va très bien, et Tom Waits incarne un diable particulièrement malicieux et traître ! Des acteurs tous talentueux, donc, qui s’impliquent totalement dans l’univers de Gilliam qui reste encore et toujours un appel au rêve, à la puissance de l’imagination et au dépaysement complet. Et quand cet appel a enfin les moyens de ses ambitions, l’émerveillement est complet.

Lors de sa dernière traversée du miroir, Tony (Colin Farrell), en compagnie de la fille de Parnassus (Lilly Cole), ne tardera pas à révéler sa véritable nature...

Lors de sa dernière traversée du miroir, Tony (Colin Farrell), en compagnie de la fille de Parnassus (Lilly Cole), ne tardera pas à révéler sa véritable nature...

Quel dommage alors que L’Imaginarium du Docteur Parnassus se fasse maladroit dans son récit ! En effet, le film n’est pas très bien raconté, hésitant souvent à aller jusqu’au bout de sa narration de conte de fées, ce qui fait que les personnages ne gagnent pas tout à fait l’ampleur qu’ils méritaient. De plus, Gilliam et son coscénariste Charles McKeown tardent toujours à exposer les enjeux de leur histoire, de peur qu’on leur reproche que l’histoire ne soit qu’un prétexte aux images de l’autre côté du miroir, ce qui n’aurait pas été si gênant. Du coup, Gilliam laissera quelques spectateurs sur carreau. Pour ses fans, cette maladresse narrative ne sera qu’un petit défaut sans importance, mais pour ceux qui sont moins coutumiers du style Gilliam, ils refuseront certainement d’entrer dans cet univers car rien dans le film n’en donne la clé. L’Imaginarium du Docteur Parnassus sera donc un spectacle qui divisera certainement entre ceux, novices, qui seront encore déçus par un Gilliam refermé sur lui-même, et les autres, les admirateurs de longue date (comme moi), qui accepteront sans regret aucun cette invitation au fantastique le plus merveilleux. Donc si vous n’aimez pas Gilliam, le film vous laissera sur votre avis, mais si vous aimez Gilliam, allez-y les yeux fermés… mais pensez à les rouvrir une fois dans la salle.

http://www.dailymotion.com/videoxaitmd


2 réponses pour “Terry Gilliam se lâche dans L’Imaginarium du Docteur Parnassus”

  1. Kepherton
    #1

    J’ai franchement adoré ce film tout en étant totalement novice. En lisant quelques chroniques, je crois que j’ai eu raison de ne pas regarder d’autres films de Terry Gilliam avant. Je vais pouvoir savourer une oeuvre qui ira crescendo !

  2. BMWC
    #2

    Crescendo, je sais pas. Mon préféré, c’est Brazil et ça date de 1985 ! Je ne sais pas si Gilliam surpassera ce chef-d’oeuvre un jour.

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