Thirst, le nouveau choc de Park Chan-Wook
Cela fait déjà plusieurs années que le cinéma de genre coréen explose, porté par deux excellents cinéastes : Bong Joon-Ho (The Host) et Park Chan-Wook. Ce dernier avait déjà prouvé toute sa virtuosité et son savoir-faire technique avec son immense chef-d’oeuvre Old Boy (2004), libre adaptation bouleversante du Comte de Monte-Cristo couronnée d’un Grand Prix mérité à Cannes. Il revient avec une autre adaptation asiatique et moderne d’un classique français – Thérèse Raquin d’Emile Zola – pour Thirst, romance vampirique étonnante récompensée, une fois n’est pas coutume, par le Prix du jury à Cannes cette année. S’il n’est pas de la grandeur d’Old Boy, ce dernier film de Park ne finit pas de surprendre son spectateur…
Premièrement, Park Chan-Wook a la grande idée de faire de son vampire un prêtre catholique, évidemment plus touché par son horrible condition et par les nombreuses tentations qui s’offrent à lui, sexuelles et meurtrières. De là à dire que Thirst est un film blasphématoire – comme le laissait penser la polémique autour de l’affiche du film -, il y a quand même un sacré pas que Park refuse de franchir tant son personnage de prêtre luttera jusqu’à la fin pour être fidèle à ses principes, même s’il remarque l’importance du sang dans sa propre religion (“ceci est mon sang” est le sous-titre français). Thirst est finalement moins l’histoire d’un prêtre qui devient un vampire que celle d’un prêtre qui s’efforce de le rester, et si sa foi est mise à rude épreuve, elle n’est à aucun moment reniée.
La difficulté de ce terrifiant chemin de croix est extrêmement sensible grâce à l’excellente interprétation de Song Kang-Ho, le grand acteur de ce renouveau du cinéma coréen (il tenait les rôles titres de Sympathy for Mr Vengeance de Park Chan-Wook et de The Host de Bong Joon-Ho). Clairement tiraillé de l’intérieur par sa condition, il fait de son personnage un homme très vulnérable et fragile, livrant une de ses interprétations les plus subtiles. Il est accompagné par la très belle Kim Ok-Bin qui se révèle déjà comme une des vamps les plus marquantes du cinéma ! Rien que ça ! Tour à tour indifférente, complice puis extrêmement cruelle et impitoyable dans un final marqué par sa simple présence, elle enchaîne les registres avec une aisance renversante, illuminant les dernières images avec une émotion qu’on ne lui connaissait pas encore ! Un vrai couple d’acteurs remarquables donc, qui traversera ce film subtil qui surprend sans cesse avec une aisance incroyable.
Parce que Park Chan-Wook n’est pas du genre à se limiter à un seul genre uniquement et il est évident qu’il ne s’est pas intéressé au genre vampirique qui le précède ainsi qu’aux grands noms qui l’ont représenté. Déçu sera donc celui qui s’attendait qu’à une histoire de vampires pure et dure car il n’est ici jamais question de crucifix, d’ail, de pieux ou même de morsure au cou ! Park préfère emmener ses vampires sur d’autres terrains : celui d’abord de son réalisateur préféré, David Cronenberg , dans la première partie du film qui décrit le vampirisme comme un virus écoeurant ; puis sur celui de Thérèse Raquin dont l’intrigue est reprise telle quelle en beau milieu du film (au risque d’ailleurs d’en ralentir un peu le rythme). Avec également la religion catholique, Thirst ne cesse de mélanger l’univers asiatique à la culture occidentale de manière tout à fait subtile et naturelle.
Ajoutons à cela la superbe musique, mélange de Bach, de tango et de chansons traditionnelles coréennes, un zeste de cinéma social, de la comédie conjugale et des réminiscences du romantisme shakespearien pour aboutir au final à une métaphore sur la condition humaine traversant ce patchwork dense mais incroyablement lisible et homogène, jusqu’à un final contemplatif très émouvant. Bouillonnant de culture et toujours aussi talentueux et inventif dans sa réalisation d’un lyrisme horrifique, Park Chan-Wook ne réalise sûrement pas son plus grand film (car il trahit tout de même quelques manques de rythme) mais certainement son film le plus surprenant, le plus riche et le plus généreux de sa carrière déjà impressionnante. Ne reste plus que l’unique phrase qu’on se dit après chaque film de Park : “Vivement le prochain !”.
2 réponses
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Merci, William. Park Chan-Wook, c’est trop un maître ! J’adore !
Je découvre une belle analyse subtile sur un film coréen assez surprenant que je ne connaissais pas. Merci Bastien